Quand les cloches parlent de Dieu.

Publié le par Michel Le Fouineur

par P. Christian Delorme, prêtre à Lyon
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Le dimanche de Pâques, les cloches ont sonné à toute volée dans de nombreuses églises du monde. Ne s'étaient-elles pas tues depuis le soir du Jeudi saint ? Dans ma paroisse, nous avons fait le choix de les faire chanter à la sortie de l'office de la Vigile pascale, alors qu'il était presque minuit. Le lendemain, un voisin qui ne se considére plus chrétien est venu me voir, plus intrigué que mécontent : "Etait-ce si important pour vous, tout ce tintamarre ? Cette légende des cloches parties à Rome et qui reviennent, peut-on encore l'imposer aujourd'hui dans un pays laïque ?" A mon interlocuteur, je confesse que, en effet, nous avons pris le risque de perturber le sommeil des habitants du quartier et que cela demeure discutable. Je plaide notre cause :
"Nous ne nous permettons un tel bruit nocturne qu'une fois par an ! Pâques est la plus grande fête chrétienne. Sans doute pouvez-vous comprendre que nous avons envie de laisser exploser notre joie ?"
Mais l'interpellation de cet homme a eu l'avantage de me faire penser à ce que représentent les cloches de nos églises. La cloche est un des plus vieux instruments sonnores connus. En Occident, les grosses cloches en bronze ont fait leur apparition dans les milieux monastiques autour du Ve siècle. A partir du VIIe siècle, elles commencent à orner les tours ou beffrois des églises. Elles servent alors à appeler les gens à la messe ou à annoncer la mort d'un paroissien. Progressivement, tout un rituel de consécration des cloches s'est mis en place, qui a assimilé cet instrument à un néophyte. On parle du "baptême" d'une cloche avec un rite qui comprend une aspersion d'eau bénite, une purification par l'encens, puis une onction d'huile, avant que ne lui soit donné un nom et qu'elle soit revêtue d'une robe blanche. En sonnant, les cloches ne se montrent pas seulement des instruments utilitaires, destinés à marquer le temps : elles créent et véhiculent du sacré. Elles semblent vouloir chasser les démons et laisser place à Dieu. Leurs voix montent pour nous vers le ciel et nous font entendre quelque chose de la présence de l'Esprit-Saint.

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(Pélerin n° 6492 du 3 mai 2007)

Publié dans croyances

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