A l'(auto-)école des gendarmes.

Publié le par Michel Le Fouineur

C'est rare. Mais on peut être gendarme sans avoir son permis. La preuve...
Ils ont beau vous demander votre permis, les gendarmes n'ont pas toujours le leur. La preuve ? Dans la région Grand Est, la gendarmerie nationale possède deux centres de formation : l'un à Dole (Jura), l'autre à Baccarat (Meurthe-et-Moselle). "Baccarat, l'endroit idéal", souligne l'adjudant Maire-Sebille (Gendarmeris mobile). "Il y a tout ce qu'on peut demander : autoroutes, routes nationales, départementales, communales, des parcours en ville à Lunéville et même de la montagne."
Passée la surprise de voir des uniformes dans une voiture bleue surmontée d'un petit panneau lumineux indiquant auto-école, l'étonnant véhicule s'est désormais fondu dans le décor. Pas d'inscription "Gendarmerie" sur les portières. "Pas de publicité non plus", sourit l'adjudant Maire-Sébille. "Juste la grenade de la gendarmerie sur la plaque d'immatriculation", poursuit le capitaine Allegri qui commande l'escadron. "Ici, plus personne ne nous remarque. On fait partie du paysage. L'escadron est là depuis les années 1930. On a toujours formé des gens." Et le véhicule est tellement discret... "Que, comme les autres auto-écoles, on a droit aux excités qui nous doublent à toute allure", constate avec philosophie l'adjudant Maire-Sébille.
Les temps ont changé. "Il y a trente ans, la moitié de la population avait son permis", argumente le capitaine Allegri, "aujourd'hui, c'est 80 % des gens. Alors, notre activité est essentiellement centrée sur le poids-lourd. On ne forme plus qu'une dizaine de personnes par an à la conduite des VL". Pour la plupart, des gendarmes adjoints volontaires, obligatoirement titulaires du code et venant de signer un contrat d'un an renouvelable quatre fois. Ici, la formation se fait en intensif. Quinze jours de stage avec un minimum de trois à quatre heures quotidiennes de conduite. Deux élèves pour un moniteur. "Il s'agit quasiment d'un suivi personnalisé, mais pas d'une formation au rabais", explique le capitaine Allegri. "On prend la responsabilité d'envoyer ensuite des gens sur la route et on leur remet d'ailleurs une louche supplémentaire par rapport aux civils. Un gendarme qui grille un feu rouge, ce n'est pas crédible. Là, comme ailleurs, on ne doit qu'être exemplaire." Programme assez conventionnel. "Comme toutes les auto-écoles", détaille l'adjudant Maire-Sébille, "il faut au minimum 20 heures de conduite, connaître la sécurité routière, l'entretien du véhicule, savoir manoeuvrer... A Lunéville, on fai toutes les manoeuvres à côté du commissariat de police. C'est bizarre, il y a toujours de la place..."
En général, un stage suffit.Le brevet de conduite militaire, seulement validé dans le civil près d'un an après son obtention, est délivré sur une décision d'une commission d'examen. Les gendarmes partent ensuite sur les routes de France. Formés à la conduite,mais pas au stress de la poursuite. "Ici, on ne joue pas à "Taxi", précise le capitaine Allegri. "En cas d'intervention, leseul conseil qu'on donne aux stagiaires, c'est de laisser la place aux conducteurs le plus expérimentés." L'un des secrets de la tactique du gendarme.
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Philippe Marcacci ; est magazine du dimanche 27 mai 2007.

Publié dans général

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