Légende - l'aubépine en Lorraine.

Publié le par Michel Le Fouineur

Savez-vous comment, en Lorraine, il était possible de pénétrer, autrefois, dans les demeures souterraines des fées ? Tout simplement en s'y introduisant par ces gros trous qui son parfois dissimulés sous des souches d'aubépine. C'est du moins ce qu'affirmait, à Landaville (Vosges), la légende des fées de Féyelles. Pourquoi sous des souches d'aubépine ? Pourquoi l'aubépine ?
Rappelons d'abord que, dans la tradition populaire, comme chez les Grecs et les Romains, cette plante était sacrée. Un récit d'origine celtique raconte que Joseph d'Arimathie, rapportant avec lui le Graal, s'était rendu en Angleterre. De son séjour sur l'île on montrait le buisson miraculeux d'aubépine qui poussait à Werary-all Hill, tout près de la ville de Glastonbury. La légende affirmait que c'était le bâton qu'il avait planté en cet endroit qui fleurissait régulièrement tous les ans, la veille de la Nativité. En Lorraine, une autre légende raconte que la Sainte-Vierge, après avoir lavé et rincé les langes de son fils, voulut les étendre sur le prè voisin afin qu'ils s'imprègnent, en séchant, du parfum de nombreuses fleurs champêtres. Hélas ! Les autres femmes l'avaient devanée et toute la place était prise. Alors, la pauvre mère dut se résoudre à les étendre sur une vilaine haie d'aubépine, pleine d'épines et sans flaurs. Mais miracle ! Quand elle voulut reprendre son linge, l'aubépine avait fleuri et la haie était devenue immaculée ! En plus, une odeur indéfinissable s'en dégageait...
La tradition prétendait également que la foudre ne la touchait jamais, qu'elle servait à protéger les animaux et à conjurer les sorts et qu'elle était invoquée par les guérisseurs au moyen de nombreuses oraisons secrètes, telle celle-ci pour soigner la "fleur" de l'oeil :

 
Aubépine, aubépine
Tu es bénie par-dessus toutes les racines,
Fleur, si tu es blanche,
Que tu te déblanches !
Fleur, si tu es rouge,
Que tu te dérouges !
Fleur, si tu es bleue,
Que tu te débleues !
Et que tu sortes de dedans ces yeux !
Au nom de Sainte Claire et de la Sinte Trinité.
 
On pouvait aussi, pour se prémunir des inconvénients d'une mort soudaine lorsqu'on se déplaçait, en cueillir et prononcer les paroles suivantes :
 
Aubépine, aubépine !
Je te cueille et je te prend ;
Si je meurs chemin faisant
Tu me serves de sacrement !
 
Mais l'aubépine pouvait aussi parfois aussi jouir d'une mauvaise réputation, notamment lors de la coutume des "Mais" où, dans la nuit du 30 avril au 1er mai les jeunes gens accolaient à la façade des maisons où demeuraient des jeunes filles à marier des branches d'arbres ou d'arbustes d'essences différentes dont chacune avait une signification particulière, dans ce langage des "mais", l'aubépine signifiait que la demoiselle avait un caractère opiniâtre, voir acariâtre et grincheux. Mais heureusement, si l'aubépine était en fleurs, son choix révélait la présence d'une jeune fille sérieuse. Mais pourquoi les fées ? Peut-être parce que l'aubépine est, en Irlande, le Buisson sacré, la demeure des fées. Peut-être aussi parce qu'une tradition gauloise rapporte un cérémonial complexe préparatoire à la coutume de l'"incantation" au cours duquel l'ollamh (un puissant "file", c'est-à-dire "magicien", "voyant", qui interprète les mystères de la nature) et ses six compagnons chantaient chacun à leur tour, munis d'une pierre et d'une branche d'aubépine et tournant le dos à un "buisson d'aubépine", puis déposaient ces objets sur la racine de ce buisson. Enfin peut-être et surtout à cause de la célèbre fée Viviane. Selon une version de la vie de Merlin, ce dernier, fortement sollicité par Viviane qui veut le retenir par amour, accepte enfin de lui révéler l'enchantement qui enferme un homme sans aucun des moyens visibles habituels. Pour le remercier, elle l'invite à s'asseoir près d'elle "sous un buisson d'aubépine" et, utilisant les formules magiques qu'on vient de lui apprendre, elle l'endort et trace un cercle autour du buisson dans lequel Merlin se retrouve aussitôt prisonnier...
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Roger Wadier.

Publié dans Lorraine

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