En janvier 1897, le député français en gandoura et burnou.

Publié le par Michel Le Fouineur

En janvier 1897, le député de la circonscription de Pontarlier, Philippe Grenier est arrivé au Parlement en burnou et gandoura. Grosse impression.
Philippe Grenier, Pontissalien né d'une mère très chrétienne et d'un père militaire, fait des études de médecine à Paris, et s'insztalle en 1889. Ce "bon médecin des pauvres" ne fait pas toujours payer ses consultations. Il offre parfois même un rôti prélevé dans la cuisine. Il rejoint de temps à autre son frère Ernest en Algérie, où, enfants, ils s'étaient déjà rendus avec leur père militaire. Les moeurs musulmanes le fascinent. Il se convertit en 1894 après avoir lu tous les livres sur l'islam et étudué le Coran. Il revient d'un voyage à La Mecque coiffé d'un turban, vêtu de la gandoura et du burnous. A la grande surprise de ses malades et de ses concitoyens, il n'hésite pas à pratiquer les rites de sa nouvelle religion dans la rue. Il apprécie les principes de cette religion qui structure la société arabe sur la famille, et prône l'équité, la justice, la charité envers les malheureux. En outre, le médecin est sensible à l'interdiction de boissons alcoolisées, et aux fréquentes ablutions corporelles. "Dans la famille, on le prenait pour un farfelu", confie aujourd'hui son cousin, Jean Druhen. Son père était effaré de sa consommation d'eau. "Deux arrosoirs par jour !" Déjà conseiller municipal, il brigue la députation. Il est élu par un jeu de désistements et sur sa réputation d'homme de bien. Son arrivée au Parlement, le 12 janvier 1897 est l'événement du jour. A quatre heures et demie, il sort pour dire ses prières. Le dimanche 24, "le Petit Journal" consacre la Une de son supplément illustré au "musulman de la Chambre". Les caricaturistes s'en donnent à coeur joie. Les chansonniers aussi : "I's'appelle l'docteur Grenier - Vrai, c'est pas pour jeter d'la bêche - Mais faut tout d'même qui''so'y'en dèche - les électeurs de Pontarlier". Mais il séduisait par sa courtoisie et sa patience. C'est l'absinthe qui aura raison de la carrière politique du bon docteur. Le député musulman préconise l'abstinence... au pays de la Fée verte. La vie économique de Pontarlier dépend de 22 distilleries. Il est renvoyé à ses malades par ses électeurs.
A Pontarlier, les anciens se souviennent de ses déplacements sur son cheval Saïdi et de ses arrêts pour la prière. Il décédera en 1944, au moment où les troupes nord-africaines de Libération se dirigeaient vers le Haut-Doubs. Une rue, un cillège, une mosquée portent son nom.
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Danielle ROBERT - est magazine du dimanche 10 juin 2007

Publié dans actualité décalée

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