La "Pastille Vichy", le bonbon qui fait du bien.

Publié le par Michel Le Fouineur

De toutes les pastilles, celle de Vichy est la plus connue. Commercialisée pour ses vertus thérapeutiques, elle devient rapidement une des friandises françaises les plus réputées. Grâce à son goût mentholé et sa forme originale, le succès de la pastille de Vichy ne s'est jamais démenti.
Avec plus de 600 spécialités, d'Aix à Cambrai, de Nantes à Nancy, de Vichy à Flavigny, nos régions regorgent de sucreries. Les productions locales de fruits, d'agrumes, de noix ou d'amandes inspirent les plus grandes confiseries. Plus qu'une gourmandise, les bonbons sont entrés dans la tradition et font la réputation de leurs communes d'origine.
Vichy, ville célèbre pour ses carottes, ses carreaux et ses cures thermales. Vichy, connue également pour son eau de source, riche en sels minéraux et en oligo-éléments.
En 1820, messieurs Berthier et Puvi, deux ingénieurs du corps royal des Mines, demandent l'autorisation d'extraire les principes actifs de la fameuse eau. En vain. Le médecin et inspecteur Lucas refuse de leur donner l'autorisation. Seulement, cinq ans plus tard, l l'accorde sans raison particulière à Jean-Pierre-Joseph Darcet. Le chimiste mélange alors les sels minéraux de l'eau de Vichy a du sucre pour obtenir une pastille de forme ovale.
C'est en 1825 que le pharmacien Bartillat produit les premières tablettes et les commercialise. Vantant son nouveau produit, il affirme qu'il faciliterait la digestion. Huit ans plus tard, les frères Bosson, propriétaires de la Compagnie fermière de l'établissement thermal de Vichy, déposent la marque "Pastille Vichy". Pour développer la production, il faut un lieu. La ville décide alors de construire une première pastillerie dans l'ancien couvent des Célestines, proche de la source de même nom. Le bicarbonate connu pour ses propriétés digestives est utilisé pour la fabrication. En 1856, le médicament adopte une forme octogonale, désormais caractéristique et toujours d'actualité. Très appréciée par l'impératrice Eugénie, la pastille reçoit son certificat d'originalité par décret impérial. Elle est désormais vendue dans les pharmacies, uniquement à Vichy.
La pastille de Vichy connaît un véritable succès. Les clients se l'arrachent. Un engouement qui incite les confiseries de l'Allier à les détourner de leur but originel. Oubliées, les vertus thérapeutiques. Qui aurait pu penser que le produit pharmaceutique deviendrait une friandise à déguster à tout moment de la journée ? Au déjeuner, après le café ou même en dessert, la tablette à la saveur mentholée se savoure à n'importe quelle heure. Après la Seconde Guerre mondiale et jusqu'en 1960, une dizaine de fabricants continuent de la produire. Vichy-Central, Vichy-Etat et Vichy-Lardy restent les trois principales sociétés concernées. Le groupe Perrier, ayant racheté la Compagnie fermière de l'établissement thermal de Vichy, s'investit en 1966 dans la vente de ces bonbons.
Progressivement, le nombre de confiseurs tend à diminuer. En 1978, il n'existe plus que deux maisons capables de produire la pastille de Vichy : la société Moinet et la Société nouvelle des pastilles de Vichy acquise aujourd'hui par le groupe britannique Cadbury Scweppes.
D'artisanale, la fabrication évolue peu à peu pour devenir industrielle. Après six années de recherche, l'arrivée de la comprimeuse automatique dans les ateliers de la Compagnie Fermière situés au 128, boulevard de l'Hôpital, bouleverse la production vichyssoise. En 1954, la première pastille de sucre comprimé est produite. Elle n'est plus produite par moulage, technique utilisée au cours du XIXe siècle, ni même par découpe de plaques molles durcies par séchage en étuve. Désormais, on extrait par évaporation les sels minéraux de l'eau thermale avant de les broyer et de les mélanger avec du sucre et du glucose. Le résultat est ensuite séché et parfumée avec un arôme naturel. Grâce à cette machine, les confiseries accélèrent les rendements et peuvent inscrire le nom de "Vichy" sur les célèbres tablettes. Un procédé ingénieux qui a peu évolué depuis.
Les confiseurs ont su s'adapter à la demande et proposer de nouvelles saveurs. Parfumée à la menthe pour une sensation rafraîchissante, la pastille se décline aussi à l'anis ou au citron. Mais la saveur mentholée représente encore 90 % des ventes totales de pastilles, les autres goûts n'ayant jamais réussi à la détrôner.
Une autre Vichy apparaît en 1990 et s'associe à la version traditionnelle. Nommée "Pastille Vichy Forme", elle offre la possibilité à toutes les personnes ne pouvant consommer du sucre d'en profiter. Petits ou grands, il n'y a plus d'âge pour la goûter. Une saveur tout de même modifiée par l'ajout d'aspartame et de sorbitol, des édulcorants artificiels.
 La pastille ne serait pas ce qu'elle est sans son emballage qui évolue au gré des années. D'abord commercialisées dans des boîte en carton et en papier, les "Vichy" sont rapidement stockées dans des coffrets en plastique moulé. Mais rien ne vaut les boîtes métalliques pour préserver toute la saveur de la pastille. Ce conditionnement luxueux a un coût et souvent, les clients préfèrent les sachets en plastique distribués dans les commerces. On peut alors transporter les pastilles dans son sac ou dans ses poches. A sucer ou à croquer, tous les moyens sont bons pour profiter du goût mentholé et rafraîchissant de la pastille de Vichy.
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(source : Directsoir n° 176 vendredi 22 juin 2007)

Publié dans patrimoine

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