Amnistie zéro !

Publié le par Michel Le Fouineur

Les automobilistes qui comptaient sur une amnistie présidentielle pour ne pas régler leurs amendes devront sortir leur chéquier. Comme la plupart des autres candidats, Nicolas Sarkozy l'avait promis. C'est heureusement annoncé : rompant avec une tradition instaurée en 1958 par le général de Gaulle, le nouveau chef de l'Etat a fait savoir qu'il n'y aurait pas d'amnistie pour les infractions au Code de la Route, qu'il s'agisse des comportements dangereux au volant ou des PV de stationnement, considérés comme dangereux.
Ce n'est sûrement pas un hasard si cette décision a été confirmée à la veille de la Pentecôte : c'est habituellement l'un des week-ends les plus meurtriers de l'année. En 2006, malgré les mesures répressives (radars, etc.) pour améliorer la sécurité routière, il avait encore fait quarante et un morts (note du rédacteur de ce message : sans compter les blessés). C'était cependant un chiffre historiquement bas. Malheureusement, depuis janvier dernier, le nombre des tués sur les routes, comme celui des blessés, est reparti à la hausse, les spécialistes de la sécurité routière faisant d'ailleurs un "lien direct" entre les amnisties espérées par les usagers et la mortalité sur la route. La décision présidentielle, peut-être impopulaire mais d'intérêt général, est un signal fort ; le moins que l'on pouvait attendre. Il y a trop de vies détruites et de familles brisées par les imprudences et les mauvaises habitudes des automobilistes. C'est, en outre, la fin d'une bizarrerie française. Dans une démocratie, il peut paraître étrange que le chef de l'Etat détienne le pouvoir régalien d'amnistier tel ou tel. Logiquement, le principe "d'amnistie zéro" énoncé par Nicolas Sarkozy devrait aussi s'appliquer aux sanctions disciplinaires au sein des entreprises - avertissements, blâmes, mises à pied prononcés à l'encontre des salariés - que le nouvel élu faisait habituellement lever. Logiquement aussi, il ne devrait pas y avoir, à l'occasion du 14 juillet, de réductions de peine pour les petits délinquants.
En n'amnistiant pas les petites peines, le nouveau Président place, avec raison, la barre très haut. Espérons qu'à l'avenir, cette même rigueur s'appliquera aux manquements avérés à l'éthique publique et aux règles de bonne gouvernance au sommet des grandes entreprises ! C'est une question de principe : dans une République, les citoyens doivent êtres égaux devant la loi. (note du rédacteur de cet article : la devise de la République française, toujours inscrite sur bon nombre de bâtiments officiels, est "Liberté, Égalité, Fraternité" ; à ma connaissance, elle n'a pas été abrogée !)
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(source : Paula BOYER, rédactrice en chef du Pélerin ; n° 6496 mai 2007)

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