Un après-midi à l'Assemblée nationale.

Publié le par Michel Le Fouineur

Comme prévu, les députés ne chôment pas. Lundi (16 juillet 2007), ils ont voté les réformes fiscales promises par Nicolas Sarkozy. Cette semaine, ils examinent les innovations fiscales défendues par la garde des Sceaux, Rachida Dati. A partir du 23 juillet 2007, ils s'attelleront à la réforme des universités. Le travail est intense dans l'hémicycle, mais aussi, et surtout, en commissions... parfois même jusque dans les couloirs.
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Mercredi 11 juillet (2007), 15 heures. C'est l'un des six vice-présidents de l'Assemblée nationale, qui siège au "perchoir". En l'occurrence, Rudy Salles, député des Alpes-Maritimes (Nouveau Centre). "La séance est ouverte", annonce-t-il à la vingtaine de députés qui saluent debout son arrivée dans l'hémicycle. A l'ordre du jour : la défiscalisation des heures supplémentaires. L'une des promesses de campagne de Nicols Sarkozy. Et le volet phare du "projet de loi en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat" défendu, depuis la veille, en première lecture, par Christine Lagarde, la ministre des Finances, de l'Economie et de l'Emploi. Quelque 160 amendements ont été déposés.
Mais, cet après-midi, Mme le ministre devra attendre. La commission des finances, retenue par l'audition de Philippe Séguin, le premier président de la Cour des comptes, est en retard. Une suspension de séance d'une demi_heure est "légitimement" accordée par la présidence.
Quelques têtes connues abandonnent les banquettes de velours rouge : le communiste Jean-Pierre Brard, les socialistes Marie-Thérèse Lebranchu ou Arnaud Montebourg... Franck Riester est le seul député, - ou presque, pour être exact - à rester à sa place sur les bancs de la majorité. Élu de Sein-et-Marne, à 33 ans, il est le plus jeune UMP du Palais Bourbon. Ce qui lui a valu le 26 juin (2007), lors de la séance d'ouverture de cette XIIIe législature, les honneurs de la garde républicaine.
- J'étais aussi ému que le jour des résultats du baccalauréat, raconte, avec le sourire d'un gamin, ce chef d'entreprise, adjoint au maire de Coulomnier.
Passionné de "la chose politique" depuis toujours, le jeune député avoue pourtant découvrir un "monde à part" dont il n'imaginait pas la complexité :
- Le mandat de député est fait d'une succession de réunions, de rencontres, de groupes de travail en commission. On est tout le temps sur la brèche.
Petit déjeuner avec les trois questeurs (administrateurs financiers) de l'Assemblée ; réunion de travail avec Jean-François Copé, président du groupe UMP ; réunion avec la commission des affaires économiques ; rencontre avec Brice Hortefeux, au ministère de l'Immigration : l'agenda du nouveau parlementaire déborde. Mais, entre deux rendez-vous, il tient à venir prendre le pouls de l'hémicycle :
- La Chambre des députés n'est, certes, qu'une petite facette de la vie et du travail de l'Assemblée nationale, mais cela en est un peu le coeur. Il est important de le sentir battre. Je crois qu'un débutant comme moi a beaucoup à apprendre de ses collègues.
Beaucoup à leur expliquer aussi.
- On ne peut plus parler de politique à la génération Casimir ou Ushuaïa, dont je suis, comme on le faisait hier. L'idéologie, c'est bien, mais l'action c'est encore mieux.
A gauche du "perchoir", sur les rangs réservés aux socialistes, Alain Cacheux, député du Nord et adjoint au maire de Lille, n'a pas non plus quitté son banc et ses dossiers.
- L'hémicycle est l'endroit où l'on s'adresse à l'opinion publique, où l'on peur faire ensemble sa différence politique, les raisons de ses choix, dit-il pour expliquer une présence qu'il veut assidue aux séances publiques.
Tout en avouant ne pas être indifférent aux joutes verbales et autres piques qu'opposition et majorité ne manquent pas d'échanger au cours des débats, comme ils l'ont fait ces dernières heures, la première reprochant à la seconde de "faire des cadeaux aux riches".
- Cela fait partie du jeux démocratique, sourit Alain Cacheux.
Cette opinion, Jean-Michel Boucheron, député PS de l'Ille-et-Vilaine depuis vingt-six ans, ne la partage pas.
- Les jeux de mots, l'humour gratuit, cela permet surtout à certains de se rassurer, d'exister dans l'assistance et devant les caméras. Personnellement, je n'en vois pas l'intérêt. C'est surtout une perte de temps. Ce ne sont ni les invectives, ni les sifflets, comme on a pu en entendre, hélas ! ces jours-ci, qui feront avancer les politiques et la politique.
Pas plus à en croire ce "vieux briscard, qui en est à son septième mandat", que le cirque médiatique, dont la célèbre salle des Quatre colonnes est le témoin. Antichambre de l'hémicycle, elle est le carrefour où se croisent députés et journalistes pour échanger messes basses de couloirs ou déclarations formelles. Il n'y a pas de hasard. Arnaud Montebourg, député de Saône et Loire et ancien porte-parole de Ségolène Royal, y tient cet après-midi la vedette, avec Jean-Marc Ayrault, le président du groupe socialiste, député de Loire-Atlantique. Les noms de Dominique Strauss-Kahn et surtout de Jack Lang, en rupture avec le Parti socialiste, sont sur toutes les lèvres.
Une sonnerie stridente rappelle aux bavards, pris au piège des confidences et des micros, que la séance reprend sous la présidence de Jean-Marie Le Guen, député PS de Paris. Jacques Pélissard, député UMP du Jura et maire de Lons-le-Saulnier, n'en sera pas. Jean-Louis Borlo l'attend pour une réunion préparatoire au "Grenelle de l'environnement" prévu en octobre (2007). Membre de la commission des finances, le député a activement participé à l'élaboration de la réforme fiscale. Si un vote solennel devait intervenir, il a donné une procuration à l'un de ses confrères.
- Une par député et non plus, comme avant, deux ou trois. Ces dernières années, l'Assemblée a gagné en sérieux, dit-il.
Elle pourrait en gagner encore à en croire Françoise Guégot. Cette député de Seine-Maritime, maire de Saint-Aignan, fraîchement élue, a passé sa journée à "plancher" en commission sur la loi de Réforme des universités.
- Je suis effarée de voir la façon dont certains députés réagissent. Ils ne cherchent pas à avancer, à réfléchir, à trouver un consensus. On a des idées politiques, on appartient à un parti, pais on travaille pour faire avancer la Nation...
Mariée, mère de trois enfants, Françoise Guégot, 45 ans, croit en sa mission. Elle ne se serait pas lancée sans l'appui de son mari.
- L'image du député, notable intouchable dans son département, est caduque. Quand j'arrive à la maison, après trois jours d'absence, je dois remplir le frigo, m'occuper de mon jeune fils... Il est bon d'avoir un pied dans cette réalité. C'est celle de nos concitoyens. Ce n'est pas parce que les ors de la République nous protègent que nous devons l'oublier.
Après maints amendements, votés ou rejetés par un vote à main levée, les députés présents adopteront, à une heure du matin, la défiscalisation des heures supplémentaires. Mais, l'été studieux des 577 députés français est loin d'être fini.
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Assemblée nationale : http://www.assemblee-nationale.fr .
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(source : Catherine Ogier ; Pélerin n° 6503 du jeudi 19 juillet 2007)

Publié dans culture

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