Il était une fois Bibracte (Bourgogne - 71)

Publié le par Michel Le Fouineur

Située sur le Mont Beuvray, en Bourgogne, la capitale des Eduens, l'une des plus importantes tribus gauloises, est désormais sorti de l'oubli. Visite entre Vercingétorix et César.
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L'Histoire emprunte souvent des chemins déroutants. Si, pendant longtemps l'on chercha (au mauvais endroit) Bibracte, c'est parce que Jules César, futur empereur romain, en avait parlé dans sa fameuse "Guerre des Gaules". Ni géographe ni historien, le vainqueur de Vercingétorix y passa plusieurs hivers, y rédigeant notamment l'ouvrage qui sert de référence à la période. Mais le livre, qui oscille entre propagande et témoignage, n'a rien d'un traité d'ethnologie. Il n'apporte que des bribes d'informations sur "nos ancêtres les Gaulois". Désormais, les archéologues ont pris le relais. Ils grattent le sol en espérant qu'un jour, des tessons d'amphores ou des morceaux de mur permettront de lever un peu plus le voile sur les moeurs de l'époque.
Depuis l'ouverture du musée de la civilisation celtique sur le mont Beuvray (Saône-et-Loire), la capitale des Eduens est bel et bien sortie de terre. 45.000 visiteurs s'y pressent tous les ans, ce qui en fait le troisième musée le plus visité de Bourgogne. L'existence du site ne fut pourtant établie et reconnue qu'à la fin du XIXe siècle grâce à deux fouilleurs, Jacques-Gabriel Bulliot et Joseph Déchelette, considérés comme ses "inventeurs". Stendhal et d'autres le croyaient au préalable localisé à Autun. Bulliot a passé 35 ans sur place. Il y a même établi une petite maison (reconstruite à l'identique en 2001) qu'il avait baptisée avec humour : l'Hôtel des Gaules, en référence à l'Autel des Gaules érigé par l'empereur Auguste à Lyon.
Il y a tant à découvrir. Bibracte était la capitale des Eduens, un peuple gaulois qui entretint toujours des relations ambiguës avec César. Faisant entrer le loup dans la bergerie gauloise en lui demandant son aide contre les Helvètes, s'alliant à lui puis accompagnant la révolte des tribus contre l'envahisseur... Une parenthèse hostile de quelques mois pour ceux que le Sénat romain qualifia de "frères de même sang". 52 avant Jésus-Christ, Vercingétorix, un Arverne, est proclamé chef de la coalition gauloise à Bibracte. Il est vaincu à Alésia et la Pax Romana, qui s'abat avec vigueur sur les peuples de Gaule, épargne les Eduens. De Bibracte, on sait peu de chose. Entre 8.000 et 20.000 habitants. Le sous-sol relativement riche en minerais (or, argent, fer, plomb...) y permit le développement d'une métallurgie embryonnaire qui, par l'intermédiaire de petits ateliers, fournissait armes et outils. D'indice en indice, la vie quotidienne se découvre. L'existence d'un important commerce de vin est attesté par la présence de millions de tessons d'amphores. Dans cette Bourgogne qui, aujourd'hui, affiche une légitime fierté viticole, le breuvage (une immonde piquette) était importée d'Italie.
Quelques pièces, des bijoux... Le fil est ténu. Sur le site, le visiteur ne distingue que peu de traces de l'existence de l'oppidum gaulois qui ne prospéra que trois petits siècles (du IIe siècle avant JC au Ier après). Ici, une villa romaine. Là, un couvent franciscain. Mais rien des huttes gauloises faites de torchis et de bois. A peine quelques trous dans le sol, une porte d'entrée reconstituée, des bouts de remparts... Le Gaulois ne bâtissait pas en dur. Seuls les remparts (7 km pour ceinturer les 200 hectares) faisaient appel à la pierre.
- La Côme Chaudron en atteste, souligne Michel Rondeau, un guide. La richesse de l'oppidum provient sans doute de sa capacité à transformer le métal. A Bibracte, il n'y a rien de spectaculaire. Ce n'est pas l'Acropole d'Athènes ou la Grande Pyramide de Guizeh mais on y trouve une mine d'informations. Ici, on reconstruit l'histoire des Gaulois.
A un rythme de chercheurs, c'est-à-dire fait de petits pas précis.
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Philippe Marcacci ; est Magazine du dimanche 22 juillet 2007)

Publié dans patrimoine

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