Piaggio Vespa - Une taille de guêpe.

Publié le par Michel Le Fouineur

La petite guêpe italienne en a parcouru du chemin depuis 1946. A l'origine, la Vespa, inventée par la famille Piaggio, devait servir de moyen de locomotion pratique et peu coûteux à l'Italie de l'après-guerre. Mission accomplie au-delà des espérances : dans le monde entier, Vespa est toujours le deux-roues de référence.
Lorsqu'un rêveur se prend à imaginer la "dolce vita", la première représentation est celle d'un couple parcourant les rues de Rome en scooter. Un scooter aux formes rondes, avec un phare au milieu du guidon et une grosse selle en cuir. A n'en pas douter, il s'agit là d'une Vespa. Comme le béret et la baguette sont associés à l'image d'Epinal de la France, le scooter symbolise l'Italie et son mode de vie. Classique mais sportif, pratique mais distingué. Comme certaines voitures, autrefois populaires et devenues aujourd'hui des objets branchés (Austin Mini, Fiat 500, Coccinelle), la Vespa est devenue un phénomène de mode. Pourtant, à ses débuts, c'est bien l'aspect pratique qui est privilégié.
Fondée en 1884 par Rinaldo Piaggio, la société fabrique d'abord des locomotives et des wagons pour l'industrie du rail. Lorsqu'arrive la Première Guerre mondiale, Piaggio s'oriente vers la fabrication d'avions. Une activité maintenue jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Bombardée par les Alliés, l'usine Piaggio est rendue inopérationnelle. De toute manière, la construction d'avions est interdite à l'Italie. L'état des routes, pour sa part, est désastreux, le bitume se montre peu accueillant pour les voitures. Enrico Piaggio (fils de Rinaldo) demande à ses ingénieurs de concevoir un moyen de locomotion à la fois peu onéreux, pour répondre à la forte demande, et apte à circuler entre les nids-de-poule. Le cahier des charges qu'il impose est pour le moins chargé : le "deux-roues" doit être simple, robuste et abordable, et facile à conduire pour ne pas rebuter les femmes, qui doivent pouvoir le chevaucher en jupe. Rien que cela.
Corradino D'Ascanio, un ingénieur entré chez Piaggio en 1933 pour concevoir des avions et des hélicoptères, dessine en 1946 un drôle d'engin. Les roues, par exemple, sont fixées comme les trains d'atterrissage d'un avion. Un détail technique qui améliore aussi la dimension pratique du scooter, puisque le changement de roue en cas de crevaison est facilité. Le moteur, un 50 cm3, encadre la roue arrière. Il est protégé par une coque métallique. Ce qui permet de libérer de l'espace à l'avant, pour les jambes, protégées par une jupe métallique : mieux que la moto, le scooter permet de ne pas salir ses vêtements. "Sembra una vespa !", "On dirait une guêpe", se serait exclamé Enrico Piaggio. Le nom est resté. Aujourd'hui, le modèle d'origine est connu sous le doux nom de PX.
Entre 1946 et le début des années 1950, Vespa va connaître une expansion impressionnante. Le premier modèle est vendu dans plus de 10.000 points de vente à travers le monde. Des usines Vespa fleurissent en France, en Espagne, ou au Royaume-Uni. Rapidement, un modèle 125 cm3 complète l'offre. Depuis, les routes ont été rénovées mais la Vespa devient un moyen de transport à part entière, une alternative à la voiture (déjà) trop coûteuse. Le cinéma s'empare de la petite guêpe, comme dans "les Vacances romaines" de William Wyler. Un film qui contribue d'une part à façonner l'imaginaire italien associé au deux-roues. D'autre part, à lui faire une pub extraordinaire : la marque estime à près de 1000.000 le nombre d'unités vendues grâce au film. En octroyant une Vespa à Marcello Mastroianni, Frederico Fellini et sa "Dolce Vita" n'ont pas moins participé à ce succès.
En 1959, la marque est achetée par le géant italien de la voiture populaire, Fiat. La famille Agnelli sépare la branche aéronautique de la branche motocycle.
Les Anglais, probablement jaloux que la renommée d'un scooter puisse surpasser leur Austin Mini, s'approprient la Vespa. Ce sont les Mods, jeunes anticonformistes des années 1960 et 1970, qui s'en emparent. Se déplaçant en bande, ils ornent leurs véhicules de plusieurs rétroviseurs et phares.
La fin des années 1980 et le début des années 1990 sont des années difficiles pour Piaggio. D'abord parce que la voiture est en pleine progression. De plus, la concurrence asiatique se fait sentir : moins chers, plus légers, ces modèles satisfont une clientèle bien moins intéressée par le look que par le prix. Une seule solution pour Vespa : se renouveler. Le modèle PX n'allait pas sauver la marque.
Le bond vers la modernité advient avec le modèle ET, plus léger, plus aérodynamique. Et surtout doté d'améliorations techniques non négligeables, comme une boîte automatique et la capacité d'accueillir tout type d'engins, du 50 cm3 au 150 cm3, à deux ou quatre temps. Toutefois, Piaggio a souffert des années 1990, entrant dans le nouveau millénaire au bord de la banqueroute. Bénéficiant d'une image extrêmement positive grâce à l'investisseur Roberto Colaninno. Injectant 100 millions d'euros, il parvient à réorganiser la société à la japonaise, sans pour autant licencier un seul ouvrier.
Depuis quelques années, le célèbre scooter est l'objet d'une adoration particulière par les trentenaires branchés des centres-villes, qui apprécient son look et son allure nonchalante. Plus coûteuse à l'achat, à l'entretien et à assurer qu'un scooter d'une marque concurrente, la Vespa est devenue un phénomène de mode. Il y a ceux qui en ont un et les autres...
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(source : Directsoir n° 194 du mercredi 5 septembre 2007)

Publié dans patrimoine

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