Pierre Messmer, après tant de batailles.

Publié le par Michel Le Fouineur

Cinq jours après Raymond Barre, c'est une autre grande figure de la vie politique française qui disparait. Pierre Messmer est décédé le 29 août, à l'âge de 91 ans. Compagnon de la Libération, administrateur des colonies, ministre et Premier ministre : ce gaulliste de la première heure se plaisait à dire qu'il avait eu trois vies.
"La politique n'est pas mon métier et j'en suis fier", aurait lancé Pierre Messmer sur le perron de Matignon. La formule fait mouche : ministre des Armées du général de Gaulle de 1960 à 1969 ; Premier ministre de Georges Pompidou de 1972 à 1974 ; député de la Moselle durant vingt ans, ce compagnon de la Libération s'est toujours considéré avant tout comme un soldat. Et ce n'est pas un hasard si ses mémoires, publiées en 1992, s'intitulent Après tant de batailles. De Bir Hakeim à l'Académie française, l'enfant de Vincennes (Val-de-Marne), à la démarche altière, a traversé le XXe siècle en homme de devoir, ombre fidèle du Général.
Jeune diplômé de l'Ecole nationale d'outremer, il livre, à 24 ans, sa première bataille dans les Forces françaises libres, qu'il intégre dès 1940. Le 17 juin, sans attendre l'appel de Londres lancé par de Gaulle, celui que l'on surnomme "Gueule d'amour" pour sa ressemblance avec Jean Gabin, détourne un cargo et met le cap sur l'Angleterre. Suivront quatre années sur les fronts d'Erythrée, de Syrie, de Libye et de Tunisie sous la bannère de la Légion étrangère. Revenu à Paris sans une égratignure mais couvert de décorations, le valeureux soldat repart pour les colonies, où il officie comme administrateur de 1946 à 1959.
- J'ai aimé les Africains comme des frères et l'Afrique comme une seconde patrie, écrit-il en 1998 dans Les Blancs s'en vont, ouvrage où il évoque sa vision de la décolonisation.
En 1960, en pleine guerre d'Algérie, de Gaulle rappelle son fidèle au poste "miné" de ministre des Armées. Il y reste neuf ans, jusqu'au départ du Général, le temps de réorganiser l'armée et de lancer le premier sous-marin nucléaire. Un bilan qui convainc Georges Pompidou d'en faire son Premier ministre en 1972. De ses deux années à Matignon, Pierre Messmer ne garde pas de bons souvenirs :
- Je ne m'y suis jamais senti à l'aise, confiera-t-il.
L'homme d'Etat marque tout de même son passage par la mise en chantier de treize centrales nucléaires et le lancement du projet TGV. Après les responsabilités nationales, celui qui cultivait davantage la discrétion que la lumière préfère les mandats locaux et parlementaires, ceux de député-maire en Moselle et de président du conseil régional de Lorraine.
Elu à l'Académie des sciences morales en 1988, le gardien de la mémoire gaulliste prend la présidence de l'Institut Charles-de-Gaulle en 1992, puis de la Fondation Charles-de-Gaulle en 1995. Admis à l'Académie française au fauteuil de Maurice Schumann en 1999, il est accueilli en ces termes par le biologiste François Jacob :
- Ici, vous allez symboliser l'action et l'aventure.
Héros de la guerre, fonctionnaire dévoué, homme d'Etat : Pierre Messmer aura eu trois vies. Avec sa disparition se ferme une page de l'histoire gaulliste.
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(source : Sarah Brethes ; Pélerin n° 6510 du jeudi 6 septembre 2007)

Publié dans personnage

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