Sandrine Bonnaire - "Je dédie ce premier film à ma soeur".

Publié le par Michel Le Fouineur

Pour la première fois, Sandrine Bonnaire est passée de l'autre côté de la caméra. Son documentaire, Elle s'appelle Sabine, est consacré à sa soeur autiste. Il s'inscrit dans l'engagement que la comédienne mène, depuis plusieurs années, pour que se multiplient en France des lieux de vie adaptés aux personnes handicapées..
Un après midi du mois d'août. Drôle d'ambiance à la patinoire de Boulogne-Billancourt. Une foule d'enfants sur la piste et une armada de techniciens affairés en doudoune. L'air est glacial. Nous sommes en plein tournage de L'empreinte de l'ange, le second film de Safy Nebbou, le réalisateur du Cou de la girafe. Dans sa loge, Sandrine Bonnaire nous accueille avec chaleur. En 2001, Pélerin l'avait accompagnée au cours de l'une de ses visites à sa "petite" soeur autiste. Sabine, 39 ans, vit dans un institut médico-éducatif, à Montmoreau, en Charente. C'est là que Sandrine Bonnaire l'a filmée pendant plusieurs mois. Le documentaire Elle s'appelle Sabine sera diffusé sur France 3, ce vendredi 14 septembre 2007 à 20 h 50 (sortie en salles le 30 janvier 2008). Pour ce film, la comédienne est passée pour la première fois derrière la caméra.
- L'idée de ce portrait m'est venue lorsque Sabine était internée en hôpital psychiatrique, raconte Sandrine . Cinq ans d'enfermement où je l'ai vue décliner, basculer. J'ai alors senti le besoin de témoigner, de montrer la Sabine d'aujourd'hui et la Sabine d'avant.
La Sabine d'avant, même sourire lumineux que Sandrine, est une jeune fille espiègle et curieuse de la vie, assoiffée d'apprendre, douée pour le piano, la couture. Une enfant différente aussi, qui demande une attention particulière. Pas évident dans une famille de onze frères et de soeurs... Cette différence, Sandrine, d'un an son aînée, ne la perçoit qu'à l'âge du collège.
- Nous fréquentons le même établissement, précise Sandrine. Vers 10 ans, ses camarades ont commencé à se moquer d'elle, à l'appeler "Sabine la folle". Elle se mordait, se griffait, se déshabillait dans la cour de récréation. J'avais honte, avoue Sandrine, parce que moi aussi, je devenais différente.
Déscolarisée, Sabrine reste à la maison jusqu'à l'âge de 27 ans. Entre-temps, Sandrine Bonnaire devient actrice. Tourne avec Pialat; Sautet, Chabrol... tout en continuant de s'occuper de sa cadette. Elle lui organise des sorties, des voyages. Après la mort du frère aîné, en 1996, l'état de Sabine se dégrade. Elle devient violente avec sa mère. On doit les séparer. Les soeurs Bonnaire prennent le relais. Au risque, pour Sandrine, de perturber sa propre vie de famille. Désemparées la comédienne et ses soeurs, se tournent vers l'hôpital.
- Sur le tournage de Voleur de vies d'Yves Angelo, j'étais très perturbée, se souvient l'actrice.
Les visites sont éprouvantes : Sabine est prostrée, abrutie de médicaments. Jusqu'à ce jour de l'an 2000 où Sandrine entend parler de cet institut spécialisé, près d'Angoûlème. Cette fois, la comédienne s'engage. Elle utilise sa notoriété pour faire parler de l'autisme et trouver des financements destinés à créer d'autres centres.
- L'hôpital est un lieu de soins, en aucun cas un lieu de vie, martèle Sandrine Bonnaire.
Désormais, Sabine reapprend à vivre, au grand air, avec moins de médicaments. Accompagnée d'un personnel qualifié, elle jardine, s'occupe d'animaux, va à la piscine.
- J'ai du mal à retrouver son regard et elle a perdu le sourire, regrette Sandrine.
Pour autant, savoir sa soeur dans un cadre adapté lui a rendu la sérénité.
- Après avoir été sa mère, je redeviens sa soeur, remarque-t-elle. Les trois aînées de la famille s'organisent pour rendre régulièrement visite à Sabine, l'emmener en vacances.
Il arrive que toute la fratrie se déplace pour fêter son anniversaire, par exemple.
- Appartenir à une famille nombreuse est une force, reconnait la comédienne. Même si chacun réagit au film de façon différente.
- Il y a les "pour" et les"contre", confie Sandrine.
Trop de personnels, de l'avis de certains. Sur ce point, elle répond que l'un des objectifs du documentaire est précisément de sortir Sabine de l'ombre. Et de changer les regards sur elle.
- Autrefois j'avais envie de la rendre normale, maintenant je veux juste qu'elle s'intègre.
Sabine, un être à part... entière. Certes les images bousculent, mais elles font aussi du bien. Ainsi, pour la mère de Sandrine, le choc a été douloureux.
- Elle n'a jamais vraiment accepté le handicap de son enfant, précise Sandrine, mais grâce à ce portrait, elle comprend qu'on peut regarder sa fille et la trouver belle.
Sabine, de son côté, demande à regarder le DVD tous les jours. Un déclic s'est produit.
- Elle est en train de changer, se réjouit Sandrine. L'autre fois, au téléphone, sa petite soeur lui a dit : "C'est notre film."
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France Lebreton ; Pélerin n° 6510 du jeudi 6 septembre 2007

Publié dans société

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