Le rire est-il chrétien ?

Publié le par Michel Le Fouineur

(par P. Christian Delorme, prêtre à Lyon)
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- Pourquoi tant de chrétiens pratiquants et, particulièrement, tant de prêtres et de religieux cultivent-ils des visages tristes et compassés ? me demande Hélène, élève-infirmière de 20 ans qui se montre, à l'inverse, habitée en permanence d'une joie de vivre contagieuse. J'ai lu que durant des siècles, le rire avait été considéré par l'Église comme une oeuvre du diable. Cela explique-t-il ces tristes mines ? Le christianisme ne nous appelle-t-il pas à la joie ?
Il est vrai que toute une pensée chrétienne et toute une culture ecclésiastique ont entretenu, durant des siècles, une méfiance à l'égard du rire. Celui-ci fut condamnés, dans les premiers siècles du christianisme, comme inspiré par le démon, par plusieurs Pères de l'Église. Il fut interdit, avec la parole, dans les règlements monastiques. L'Église médiévale d'Occident, tout particulièrement, a associé le rire aux fous, aux sorcières et aux esprits malveillants. Pourquoi ? Probablement à cause d'une lecture sélective de la Bible, et aussi à cause d'une défiance par rapport au corps humain que le rire, quand il est fort, semble déformer. Dans l'Ancien Testament, il y a deux mots hébreux bien distincts pour désigner le rire : sâhaq, qui qualifie un rire joyeux et positif (et ce sera le nom d'Isaac, le fils de la Promesse dont la conception miraculeuse est saluée par le rire de ses vieux parents), et lâaa qui s'applique au rire moqueur et souvent méchant. Mais le latin devenu langue de l'Eglise romaine n'a qu'un mot pour nommer les deux réalités : risus. Dans la plupart des citations bibliques, c'est le rire moqueur qui domine, qu'il s'agisse des hommes ou de Dieu lui-même qui "se rit de l'impie" (Psaume 36, 13). Manifestement, l'Église a longtemps retenu cette association entre le rire et le péché. Mais la Bible dit aussi qu'il y a "un temps pour rire" (Qohélet 3, 4), et que Dieu "va remplir ta bouche de rires et les lèvres de hourras" (Job 8, 21). Quant à Jésus, même si on ne l'entend jamais rire dans les récits évangéliques, il ne manque pas, pour autant, d'humour, et sans doute a-t-il souri plus d'une fois.
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(source : Pélerin n° 6511 du jeudi 13 septembre 2007)

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