A l'Est, des présidents...
Ayant occupé la fonction durant la Grande Guerre, Raymond Poincaré est le plus emblématique des présidents venus de l'Est de la France. Mais il y eut aussi Jules Grévy et Albert Lebrun. Et De Gaulle aurait fait 15 000 fois le tour du jardin de Colombey-les-Deux-Eglises.
Républicain, libéral, patriote et libre penseur, Raymons Poincaré fut président de la République de 1913 à 1920.
"Voilà un futur député, aurait dit l'accoucheuse le 20 août 1860 en mettant au monde Raymond Nicolas Landry Poincaré alors que les cloches de Bar-le-Duc sonnaient pour marquer une élection législative. La sage-femme se doublait sans doute d'une pythonisse, car le destin du fils d'un ingénieur des Ponts-et-Chaussées qui avait épousé la fille d'un marchand de bois fut extraordinaire. Journaliste, écrivain, poète, juriste éminent, homme politique républicain libéral, Raymond Poincaré fut successivement conseiller général, député, sénateur, plusieurs fois ministre, président du conseil à trois reprises et président de la République.
Il incarna le patriotisme, la rigueur, la modération et la tolérance. Au cours de son septennat, il eut le mérite d'appeler Clémenceau , en dépit de son antipathie pour lui, et de favoriser l'issue victorieuse de la Grande Guerre.
Avec sa petite taille, sa chevelure et sa moustache tombante, sa barbiche châtain, ses faux cols et ses manchettes en celluloïd, sa tenue vestimentaire sans recherche, Raymond Poincaré ressemblait à un notable de province. d'ailleurs, il n'a jamais renié ses origines lorraines, sa prime jeunesse au lycée de Bar-le-Duc, ses vacances chez son oncle doyen de la faculté de médecine de Nancy, père du mathématicien Henri Poincaré. "Impatient, vif d'esprit, en gestes et en parole, pas agressif mais défensif et combatif, indépendant d'idées", comme le trahissait son écriture passée à la loupe par la graphologue Marthe Desbarolles, Raymond Poincaré était sensitif, impulsif. Il ne détestait pas la discussion, surtout quand il s'agissait de défendre, de faire prédominer des idées belles et utiles.
Conscient de sa valeur personnelle, sérieux, il aime rire dans l'intimité. Sec et cassant à l'occasion, il peut être sociable et mondain.
Il est surtout très probe, réclamant qu fisc de payer plus d'impôts qu'il ne doit. Devenu président, il ira au tabac du coin acheter des timbres destinés à sa correspondance personnelle. Quand sa moustache et sa barbe blanchiront et que viendra l'embonpoint, son personnage acuerra une certaine bonhomie.
Ses succès d'orateur sont essentiellement dus à sa culture, sa mémoire et à une puissance de travail peu commune, mais il faut reconnaître que chaque fois qu'il prend la parole, il ne parle pas, il plaide. Pour faire passer ses idées de patriote démocrate et libéral, "liberté, tolérance, patrie" sont ses thèmes de prédilection. Toute sa vie, il a tenu à être classé comme un homme de gauche, bien qu'il s'opposât aussi à la gauche pour imposer le service militaire de trois ans et refusa d'admettre le droit de grève et le droit syndical aux fonctionnaires. Libre penseur, antclérical, il se méfie de l'église, mais acceptait son existence. Avocat à la Cour d'appel de Paris, spécialiste dans la défense des gens de lettres, journaliste sous le pseudonyme de Jacques Aubertin, romancier élu à l'âge de 49 ans à l'Académie Française, il mena de pair ses passions pour les belles lettres, sa carrière d'avocat et un cursus politique qui le vit accepter son premier maroquin ministériel à l'âge de 33 ans.
Président su conseil de janvier 1912 à janvier 1913, il fut élu à la présidence de la République le 17 janvier 1913 au deuxième tour du vote du congrès réuni à Versailles. Il rentre en fonction le 18 février 1913, affronta la Grande Guerre, après l'assassinat de l'Archiduc François-Ferdinant d'Autriche, ressera l'alliance franco-russe, nomma Briand, Ribot, Painlevé puis Clémenceau comme premiers ministres, alterna les généraux à la tête des armées, joua ensuite un rôle capital dans le réglement du problème des réparations et résolut la grande crise monétaire de 1926 à la tête d'un ministère d'Union Nationale.
Le plus bel hommage qui lui fut rendu post mortem fut signé Raymond Cartier : "Peu d'hommes ont servi leur pays avec autant de talent et de courage".
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Jean-Claude Midon ; est magazine du dimanche 13 mai 2007.
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