Le coiffeur des Compagnons.
A Forbach (Moselle), Sylvain Loup, coiffeur à la retraite, s'est mis au service de la communauté d'Emmaüs.
Drôle d'endroit pour un salon de coiffure. Pourtant, entre deux rangées de livres et de vêtements, Sylvain Loup a pris ses quartiers dans l'entrepôt d'Emmaüs, rue Bataille à Forbach (57). Quatre ans maintenant que ce coiffeur à la retraite s'est mis au service de l'association des Compagnons de l'abbé Pierre. Une idée qui a germédans son esprit alors qu'il donnait des cours dans une école de coiffure de Freyming-Merlebach. "Pour que mes élèves aient des modèles, je faisais venir huit Compagnons chaque semaine en minibus. A cette occasion, ils devaient se mettre sur leur 31, se laver les cheveux, s'habiller. Et j'ai l'impression que cela a eu un impact positif pour certains, les a fait revenir à une certaine dignité." Lorsque l'heure de la retraite a sonné, Sylvain Loup a tout naturellement poursuivi son bénévolat.
Itinérant à ses débuts, il s'est fixé depuis un an et demi rue Bataille. "Le salon où je travaille à présent a pu voir le jour grâce aux Compagnons du Rempart, qui ont travaillé un mois à l'installer." Dans un coin de l'immense entrepôt, de découpe le "Salon de Sylvain, coiffeur des Compagnons". L'inscription figure en grosses lettres noires sur le mur, et surplombe un salon au décor des années 50."La réplique miniature du salon que tenait mon père", explique fièrement Sylvain.
Sous le regard de ses parents et des photos de famille accrochées au mur, trône un fauteil à pompe, siège d'époque précieusement conservé. Dans l'armoire, une collection d'anciens sèche-cheveux, de rasoirs, de pierres à eau, de vaporisateurs... "Un vrai petit musée approvisionné par les trouvailles des Compagnons et par le don des particuliers, comme cette dame qui m'a donné le coffret à rasage de son grand-père.
Sur cette même armoire, un chat en peluche surveille la scène. Sylvain sourit : "Quand j'étais plus jeune, nous avions un chat et ma mère ne le laissait entrer dans le salon qu'à midi moins le quart et sept heures moins le quart. Un jour, j'ai raconté cette anecdote aux Compagnons. Et le lendemain, quand je suis revenu au salon, ils m'avaient trouvé un chat en peluche et l'avaient posté en haut de l'armoire, comme le chat de ma mère. J'ai trouvé ce clin d'oeil très touchant."
Au fil du temps, une véritable confiance s'est installée entre le coifeur et la trentaine de Compagnons. "Quand j'ai comencé à les coiffer, les Compagnons étaient un peu méfiants, ce qui est logique. Mais ils se sont vite habitués à moi, b'hésitant plus à se confier, à me raconter leur histoire. Un coiffeur, c'est avant tout un confifent !" Sylvain reprend : "Je viens généralement une fois par semaine et coupe gracieusement les cheveux à quatre u cind d'entre eux. Je suis aussi "ouvert" le premier dimanche du mois, et je ne désemplis pas".
Soucieux de l'avenir, Sylvain a déjà pensé à tout. "Mon but est de donner l'envie à d'autres coiffeurs de devenir bénévoles. D'ailleurs, qand j'arrêterai, une coiffeuse de mon ancien salon m'a promis qu'elle prendrait la relève." Les Compagnons n'ont plus de cheveux blancs à se faire.
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(source : Cécile Muszynski ; est magazine du dimanche 17 juin 2007)
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