L'urgence missionnaire de Vatican II.
Trois jours à peine après la publication du motu proprio destiné à libéraliser la célébration de la messe selon le rite antérieur à la réforme liturgique de Vatican II, voilà qu'un autre texte, issu de la Congrégation pour la doctrine de la foi, donne le sentiment d'un nouveau raidissement au sommet de l'Église catholique. Ce document intitulé Réponses à des questions concernant certains aspects de la doctrine de l'Eglise réaffirme que cette Église, telle que l'a voulue le Christ, "subsiste" dans l'Eglise catholique. Rien de nouveau par rapport au document Dominus lesus qui, en 2000, avait fortement irrité les chrétiens non catholiques. Mais précisément, l'absence de tout élément nouveau n'en renforce que plus la question de l'opportunité d'une telle publication. Pourquoi ce texte, alors même que l'évocation des "déficiences" des autres Églises et communautés ecclésiales ne peut qu'être ressentie douloureusement par les orthodoxes et les protestants ? Pourquoi sinon, peut-être, pour finir de convaincre les traditionalistes, auxquels s'adressait déjà le motu proprio, que l'Eglise catholique ne s'est pas "protestantisée" au lendemain du Concile, comme ils le dénoncent avec constance. Sans doute Benoît XVI a-t-il de bonnes raisons d'insister sur la continuité - et non la rupture - de Vatican II avec la Tradition de l'Eglise. Sauf que le risque existe de voir ces propos interprétés parfois comme une prise de distance, voire une remise en cause des innovations voulues par les Pères du Concile. Oui, la nouvelle évangélisation d'une Europe "en danger d'apostasie" et le lent cheminement vers l'unité exigent que les catholiques disent clairement quelle est "la foi de leur Église". Mais nul ne peut imaginer, et Benoît XVI moins que tout autre, que le retour à la messe de saint Pie V ou la réaffirmation constante de la suprématie catholique puissent suffire à ramener à l'Evangile des générations qui ont rompu avec l'Eglise, parmi les soubresauts de la modernité. La fidélité au Christ, à l'Eglise et à son chef vont de pair avec une adhésion sereine et apaisée à l'esprit du Concile, un cheminement fraternel, un dialogue exigeant et ouvert avec les hommes et les femmes de ce temps, quelles que soient leurs croyances. Les deux textes récents ne nous détournent pas de cette urgence missionnaire.
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(source : René Poujol, directeur de la rédaction du Pélerin ; n° 6503 du jeudi 19 juillet 2007)
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