Rome rappelle sa conception de l'Eglise catholique.

Publié le par Michel Le Fouineur

Rendu public la semaine dernière, un document de la Congrégation pour la doctrine de la foi rappelle en s'appuyant sue les textes du concile Vatican II (1962-1965), que "seule" l'Eglise catholique est l'héritière de l'Eglise du Christ.
*****
L'Eglise voulue par le Christ ne "subsiste" que dans l'Eglise catholique "gouvernée par le successeur de Pierre", à l'exclusion de toutes les autres. C'est ce qu'affirme, dans un document rendu public le 10 juillet (2007) sous forme de cinq questions-réponses, la Congrégation pour la doctrine de la foi. Car les Eglises orthodoxes et protestantes, non dépourvues de "signification et de valeur", rappelle ce document signé par le cardinal William Levada, préfet de cette congrégation et successeur à ce poste de Joseph Ratzinger, sont en effet "victimes de déficiences".
Ce texte, qui entend répondre aux "erreurs et ambiguïtés" qui ont caractérisé "certains aspects de la doctrine sur l'Eglise" après Vatican II, reprend les thèses déjà développées dans la déclaration Dominus Iesus. Signée en septembre 2000 par Joseph Ratzinger, cette déclaration énonçait que l'unique voie du salut se trouve dans l'Eglise catholique. En pleine année du Jubilé, ce texte avait profondément irrité les protestants, car il avait semblé nier les progrès accomplis dans le dialogue oecuménique depuis le concile Vatican II.
Dans cette affaire, qu'est-ce qui est en cause derrière le difficile vocabulaire théologique ? En fait, une question centrale pour le christianisme : où est l'Eglise du Christ ? Jusqu'au concile Vatican II (1962-1965), la réponse de l'Eglise catholique était sans appel : cette dernière "est" la seule et unique héritière de l'Eglise du Christ. Dans un esprit d'ouverture à l'égard des autres traditions chrétiennes, les Pères du Concile, en rédigeant la Constitution finale Lumen gentium, ont remplacé le verbe "être" par "subsister". Depuis, l'Eglise du Christ "subsiste" donc dans l'Eglise catholique. Cette nuance a permis un intense dialogue oecuménique, dont Benoît XVI a confirmé les orientations dès son élection en 2005.
Il n'empêche, ce passage a fait couler beaucoup d'encre, car sa portée n'est pas appréciée également par tous. Pour certains, il conduirait au fond à reconnaître que l'Eglise catholique est "une" Eglise parmi d'autres. Cherchant à prévenir les "confusions" et les "malentendus" à ce propos, le document actuel réaffirme qu'il n'en est rien. En clair, l'Eglise de Jésus Christ n'a pas disparu avec les divisions des chrétiens. Dieu a maintenu cette Église dans l'Histoire et elle est présente dans l'Eglise catholique.
Pour autant, cela ne signifie pas que les autres Églises sont dépourvues de valeurs ecclésiales. Le document, à la suite du concile, rappelle que ces dernières présentent de nombreux éléments de sanctification, mais en pointant des "manques" quant à leur conception de l'Eglise. D'où la distinction qu'il opère avec les Églises orientales, notamment orthodoxes, car elles ne reconnaissent pas la primauté du pape. D'où, également, l'impossibilité de qualifier d'Eglises les "communautés ecclésiales" issues de la Réforme. En effet, rappelle le rédacteur, elles n'ont pas cet "élément essentiel constitutif de l'Eglise" qu'est la succession apostolique (prêtres et évêques sont les successeurs des apôtres), et donc pas toute la réalité du sacrement de l'Eucharistie.
Comme l'on pouvait s'y attendre, les réactions sont vives chez les protestants. Pour le pasteur Claude Bati, nouvau président de la Fédération protestante de France (FPF), ces lignes sonnent avant tout comme un "recadrage (...) clairement dirigé contre les interprétations oecuméniques les plus audacieuses". L'Alliance réformée mondiale (ARM), par la voix de son secrétaire général Setri Nyomi, se dit quant à elle "déconcertée". Si la bonne volonté reste apparemment de mise du côté des protestants, on peut cependant craindre que ce document complique, à l'avenir, le dialogue oecuménique. Pour calmer les esprits, le cardinal Walter Kasper, responsable de ce dialogue à la curie, a publié un communiqué qui présente ce texte non comme une "régression", mais comme une invitation urgente à continuer un dialogue serein avec les protestants et les orthodoxes. Sur la base, toutefois, d'une conception de l'Eglise "bien définie". Redessiner les contours (de la foi, de l'Eglise) en préalable à tout dialogue : telle est la marque de Benoit XVI. Théologien plus que pasteur, il craint par-dessus tout les dérives du "relativisme" religieux. Au risque d'éloigner ceux qui ne se reconnaissent pas dans des rappels à l'ordre souvent perçus comme des raidissements.
*****
(source : Samuel Lieven ; Pélerin n° 6503 du jeudi 19 juillet 2007)
Publicité

Publié dans croyances

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article