Toujours se méfier de l'eau qui dort.
Les sous-bois vosgiens bruissent de légendes. Et des profondeurs des lacs de La Maix, Gérardmer, Longemer... émergent de fabuleux récits à transmettre.
"Il est des lieux où naissent les légendes.
Les formes douces et arrondies du massif des Vosges sont trompeuses... Les paysages sombres et caractéristiques des vallées, les forêts et les lacs de montagne ont enfanté, dans le passé, fables et récits populaires. Et si aujourd'hui sur les chemins, on ne rencontre plus de sotrès, de diablotins toujours prêts à jouer un mauvais tour, de fées et autres dames blanches, leur souvenir reste dans la mémoire collective.
Qui n'a pas, un jour, entendu parler du chariot d'or emprisonné dans le massif de l'Ormont à Saint-Dié-des-Vosges, du char en or d'Attila plongé dans les eaux noires du lac de la Lauch ? Ou encore de la légende de Malfosse dans la vallée de Senones, où un enfant mort-né enterré le jeudi 2 mai de l'an 1672, y serait ressuscité le mardi suivant ? Sans omettre le trésor des Suédois dans la forêt de la Combe au Valtin ou des Perles de la Vologne ?
Tout, ou presque, est prétexte aux légendes. Les plans d'eau compris. Empruntons l'itinéraire des rivières et lacs de montagne (Gérardmer, Longemer, Retournemer, des Corbeaux) et écoutons ce qui se murmure ici et là...
Sur les bords de la Vologne, entre Granges et Gérardmer (la mer de Gérard), les fées lançaient toutes sortes de sortilèges. En des temps immémoriaux, le chevalier Girard, qui venait de quitter le comte de Martimprey, galopait à travers bois. Il se laissa séduire par une douce voix et devint l'esclave d'une jeune femme d'une beauté ensorcelante. Envoûté, le chevalier la fit monter sur son cheval et se laissa guider vers le château de la fée, où une fête était donnée. Une fois le festin terminé, le chevalier Girard, la volonté abolie par le philtre qui lui fut servi, se dirigea vers le pont inachevé sur la route de Martimprey et se mit à l'ouvrage avec d'autres chevaliers tombés, eux aussi, sous le charme. C'est ainsi, dit-on, que fut construit le vieux pont en pierre - dit le pont des fées - qui enjambe la Vologne d'une seule arche près de Gérardmer.
Sur la route départementale 67... En venant de Xonrupt, un endroit resté sauvage : Longemer, à une altitude de 737 m. A la place du lac, il y avait autrefois un gigantesque sapin dont la cime transperçait les nuages. Les bergers des chaumes en avaient une peur bleue car le diable y recevait les sorcières les soirs de sabbat. Le marcaire (vacher) de Saint-Jacques se décida à abattre le géant... défendu par le malin, resté sur ses gardes. Au bout de dix-sept semaines, le sapin vacilla et se fracassa dix jours après. Seulement, les sorcières avaient repris leur ronde au-dessus de la souche. Les bûcherons creusèrent un trou pour l'enlever et, au moment de retirer le dernier morceau de racine, les eaux de la Vologne, coulant à proximité, se déversèrent dans le trou qui devint un lac. Au ras de l'eau, entre la butte Bilon et la chapelle des Graviers, on aperçoit encore le morceau de bois qu'ils n'ont pas eu le temps d'extraire !
Il se raconte aussi que dans les profondeurs de ce lac de Longemer (33,50 m), un énorme brochet doit la vie à Charlemagne venu pêcher à cet endroit, au retour d'une chasse à l'ours. Les serfs qui l'accompagnaient s'apprêtaient à assommer l'animal "de la taille d'un garçon d'une douzaine d'années" pêché par l'empereur. Ce dernier arrêta ce geste et passa autour du cou du poisson un collier muni d'une clochette d'or forgée à Aix-la-Chapelle. Il le fit jeter dans le lac, l'animal disparut au fond de l'eau. Depuis, à la tombée de la nuit, il n'est pas rare d'entendre monter des eaux un léger tintement de clochette. Jamais, depuis, on ne revit le brochet.
Entre les vallées de la Plaine et du Rabodeau, dans le massif du Donon, le lac de la Maix, d'origine glaciaire, constitue l'un des sites les plus beaux des Vosges moyennes. Lui aussi a sa légende. Autrefois, chaque dimanche, un curé des environs disait la messe dans la clairière (à l'époque, le lac n'existait pas encore), où les fées dansaient la nuit.
A l'aube de la Trinité, on y organisa une foire où, un jour, le diable revenant de la ville d'Is s'y arrêta. Il eut l'idée de faire manquer la messe aux montagnards et à tous les villageois des environs. Déguisé en ménestrel, il joua du violon et lorsque les trois coups de la messe furent sonnés, un craquement effroyable sortit des nuées et la clairière s'effondra, creusant un vaste entonnoir qu'une pluie diluvienne emplit jusqu'au bord : le lac de la Maix était né. Prisonniers de ses eaux sombres, les danseurs punis sont condamnés à danser jusqu'au jour du jugement dernier...
¤¤¤¤¤
Jeannette Férin ; est magazine du dimanche 29 juillet 2007
¤¤¤¤¤
Publicité