Grèce - Le mont Athos.

Publié le par Michel Le Fouineur

Aux portes du ciel, les moines du mont Athos perpétuent les fastes liturgiques des grands monastères de Bizance sur cette mystérieuse montagne du coeur de la Grèce.
En quittant Thessalonique, un panneau retient mon attention : "Ayion Oros", la montagne sacrée, la montagne sainte. En Grèce, la dimension mythique et mystique du mon Athos s'incarne jusque dans la signalétique routière... Nous prenons le bateau au port d'Ouranopolis et longeons la côte de cette péninsule de 60 kilomètres de longueur sur 8 de large, l'un des trois doigts de la Chalcidique, au nord de la Grèce. J'ai l'impression de quitter le monde, même si quelques tronçons de piste carrossable apparaissent là où il n'existait que des chemins pour les mulets. Nous sommes hors du temps, dans une nature préservée. Nulle industrie ne s'est développée en ces lieux si ce n'est celle de la prière.
La lumière est exceptionnelle et j'ai l'impression de voir les détails de la presqu'île comme sur une carte en relief. Déjà les premiers monastères apparaissent, châteaux de rêve matérialisés par la ferveur et la sueur des hommes qui ont décidé de s'établir sur les flans de cette pyramide de 2033 mètres d'altitude.
Nous débarquons à Daphni, le petit port athonite où se trouvent quelques magasins - qui vendent, pêle-mêle, icônes, encens et boîtes de conserves -, une auberge, la poste, et surtout l'unique bus qui mène à Karies, la capitale de cette petite république monastique.
Là se trouve la "sainte Épistasie", où se rassemblent les représentants des vingt monastères de la montagne sainte pour prendre les décisions d'ordre administratif. Quelques maison appartenant à ces derniers, un petit dispensaire, de rares boutiques tenues par des moines, forment l'indispensable nécessaire, pour les 1700 serviteurs de Dieu qui vivent sur ce haut lieu de la contemplation dédié depuis l'Antiquité au géant Athos
Même s'il n'y a pas, dans l'Église orthodoxe, la diversité d'ordres monastiques que l'on trouve dans le catholicisme occidental, les modes de vie sont très différents sur le rocher entre les monastères cénobitiques et les minuscules ermitages accrochés aux falaises. Après une période de noviciat et de vie communautaire, certains moines qui maîtrisent l'art de l'ascèse tentent l'expérience de l'isolement pour rester seul avec le Seul, avec Dieu...
Notre première halte est le monastère de Koutloumousiou, situé non loin de Karies : le P. Christodoulos sera notre guide spirituel. Sur le chemin du monastère, il nous invite à dire la prière de Jésus, récitée presque en permanence par les moines athonites. Je ressens une immense émotion : je foule une terre mystique enveloppée depuis des siècles, jour et nuit par cette oraison, j'emprunte des sentiers qui conduisent à des grottes secrètes, où des aventuriers de l'âme tutoient Dieu aux portes du ciel.
"Kyrie Iesu Christe, Ie tou Theou eleison me" : "Seigneur Jésus-Christ, fils de Dieu, aie pitié de moi, pêcheur", c'est la formule de la prière de Jésus en grec.
Reçus dès notre arrivée par "l'higoumène", le père supérieur de Koutloumousiou, nous sommes invités à dîner - comme le sont, généreusement, tous les pèlerins - et conduits jusqu'à nos chambres : "Pour prier, il faut d'abord l'humilité et... un guide spirituel." Tels sont les conseils qui nous sont prodigués le premier soir.
Le pèlerinage commence le lendemain. Nous passons devant l'ancien ermitage du P. Païssios, l'une des figures les plus troublantes de la montagne sainte dans les années 1970.
Au milieu de sa vie, le P. Païssios, priant en pleine nuit comme de coutume, sentit son âme transportée dans l'aube lumineuse de la faveur divine. La lumière le saisit et l'envahit d'abord de l'intérieur. Puis elle imprégna tout : son coeur, son corps, sa cellule, la montagne, l'univers entier. Toute chose autour de lui rayonnait de lumière, tout en était l'éclat, tout en était la source, tout la recevait et la renvoyait : la lumière traversait toute matière sans dessiner d'ombre, car nulle part elle ne rencontrait le moindre obstacle...
La fête de la Transfiguration est la fête la plus importante pour les moines orthodoxes, car elle symbolise le sommet de l'expérience spirituelle qu'ils sont venus chercher ici. Saint Luc rapporte que le Christ, prenant avec lui Pierre, Jean et Jacques, gravit la montagne pour y prier. Et pendant qu'il priait, l'aspect de son visage changea et ses vêtements devinrent d'une blancheur fulgurante. C'est au niveau de la chapelle de la Panaghia, dédiée à la Mère de Dieu, à 1500 mètres, que débute la procession. Moines et pèlerins suivent jusqu'au sommet le moine prêtre portant une icône de la Transfiguration. La montée est dure jusqu'au toit de l'Athos. Baigné par les vapeurs et parfums de l'encens, le vent glacial et la chaleur des cierges, bercé par l'envoûtante mélopée des chants byzantins, je vis de tout mon être la transfiguration du cosmos au sommet de la montagne sainte.
Lorsque je redescends du jardin du ciel, à l'aube pâle, je suis riche d'une expérience unique de traversée du temps et de moi-même. On dit que sur le mont Athos, chacun trouve ce que son coeur cherche. J'ai entrevu en moi des contrées intérieures dont je quêtais l'écho depuis fort longtemps.
Fabian da Costa ; Pélerin n°6506 du jeudi 9 août 2007.
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Publié dans croyances

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