Noces de lotus.
Lorsqu'ils ont uni leurs destinées, Christine et Charles Saunois ont endossé les habits que Dupont et Dupond arborent dans le Lotus Bleu.
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Ce mariage, madame le maire s'en rappelle parfaitement. Parmi les dizaines d'unions célébrées par Marie-Odile Hagemann dans sa vie de premier magistrat de Fontaine-lès-Luxeuil (Haute-Saône), celui de Christine et Charles Saunois reste pour le moins mémorable. "C'est intéressant dans un mandat et surtout très rare." Ca, pour être rare, c'est à coup sûr très rare de voir se présenter dans sa mairie un couple ayant revêtu les atours des célèbres Dupont et Dupond. Attention, pas le classique costard-cravate-chapeau melon sombre, non, mais le costume traditionnel chinois, bien plus coloré, que les policiers arborent dans l'épisode du Lotus Bleu. Créant la surprise dans les rangs des invités. Qui, s'ils n'ont pas forcément fait le rapport immédiat avec le monde d'Hergé sur ce point vestimeaintaire, ont vu leurs doutes se dissiper dès l'apparition du fils de Christine, habituellement brun, surmonté, pour l'occasion, d'une houpette blonde, affublé de l'inamovible pantalon de golf du reporter et flanqué du tout aussi incontournable petit chien blanc qu'il était de bon ton, ce jour-là, d'appeler Milou.
Oui, incontestablement, Christine et Charles sont des timbrés de Tintin. Ils l'adorent. Déclinent le personnage de BD à toutes les sauces : vêtements, tasses assiettes, affiches, figurines, montres (géantes ou standard), les bientôt 77 voitures miniatures (les 144 plutôt car chacun fait sa collection dans le cadre d'une série lancée par une maison d'édition), ouvrages historiques et, bien entendu, les albums contant les aventures de Tintin. Multipliés, pour certains, par le nombre de traductions différentes sortant progressivement.
Ainsi, chez les Saunois, "Les Bijoux de la Castafiore" se conjuguent du bruxellois au corse, en passant notamment par le néerlandais, le wallon de Nivèle ou de Tournai, l'espagnol, le bressan, l'italien, l'anglais et autres luxembourgeois. "Tiens", opine Charles, "il me manque le chinois". Question de temps. Comme les autres versions, il se débrouillera pour obtenir un exemplaire dédicacé par les traducteurs, numéroté s'il y a moyen.
Eh oui, forcément, autant de grigris qui, au-delà de la date, confèrent une tout autre valeur à l'ouvrage.
Ils achètent (beaucoup), dépensent (un peu moins qu'un temps), mais ne revendent pas. Trop difficile. Passion, quand tu nous tiens...
Christine et Charles ont toujours aimé Tintin. Ils ont suivi sa carrière dès leur plus jeune âge. Madame a des dispositions culturelles de par sa nationalité belge. Monsieur est tombé dans les albums de ses frères. "Tintin a accompagné son temps", relève Charles, dont le tee-shirt présente la frimousse du reporter. "Il s'est adapté, s'est même révélé comme un pionnier puisqu'en 1953 il marchait déjà sur la lune." Christine et Charles n'envisagent pas d'aller si loin, mais cheminent sur les traces du reporter. Qui mènent directement à son père. Et donc, le mythe s'installant, à l'association des amis de Hergé qui regroupe aujourd'hui un millier de personnes.
Voilà deux ans, en Belgique, lors de la dernière assemblée générale à laquelle ils ont assisté, Christine et Charles avaient enfilé le costume traditionnel des Dupont et Dupond. En 2008, à l'occasion du prochain rendez-vous, ils ont choisi le costume de bain rayé rouge et blanc des policiers dans "L'or noir". Bon, ils n'ont pas encore déniché le tissu qu'ils traquent depuis plusieurs mois, mais en fins limiers, ils ne lâcheront pas l'affaire. En revanche, si l'apparat reste de circonstance dans le désert dépeint dans cette chaude aventure, il sera certainement moins adapté aux températures d'un mois de mars outre-Quiervin...
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Sébastien Michaux ; est magazine du dimanche 20 mai 2007)