Un proche demande de l'aider à mourir... Que faire ?
Accompagner une personne proche, malade en fin de vie, est une expérience humaine riche mais éprouvante. Parfois, la douleur ou la lassitude semblent prendre le dessus. Pourtant, on peut traverser ensemble ces moments si difficiles.
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Accompagner celui qui souffre :
- Prendre au sérieux ce qui est dit, entendre l'appel au secours.
- S'inquiéter de l'état de souffrance, tout faire pour soulager la douleur.
- Parler. Laisser dire ce qui se vit au moment même, donner l'occasion de dire ce qui n'a peut-être jamais été dit en famille, notamment sur la gravité de la maladie.
- Comprendre le refus de l'acharnement thérapeutique.
- Assurer le proche d'une présence aimante jusqu'au dernier souffle.
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Yvonne n'en peut plus. Il y a quelques années, le cancer avait été maîtrisé. Mais voici que tout repart de plus belle. Opération, chimiothérapie, hospitalisations à répétition... Plus rien n'y fait : son corps n'est que souffrance. "Aide-moi à mourir !" murmure-t-elle un soir à sa fille Isabelle qui lui rend visite dans sa chambre d'hôpital. Comment répondre à cet appel désespéré ?
"C'est comme un cri de bête ! souligne Pierre Talec, prêtre, qui a traversé lui aussi des épreuves de santé. Il y a en nous une animalité profonde, et quand on n'en peut plus, la mort semble la seule issue !" Comment ne pas être remué par cette demande ? Il y a dans ce cri une violence qui percute celui à qui il est adressé. Cet appel va tellement à l'encontre du commandement premier : "Tu ne tueras pas." La fille d'Yvonne est rentrée désemparée. Le lendemain, s'échappant de son travail, elle se précipite à l'hôpital. Sa maman, assise dans son fauteuil, est paisible, presque détendue... De quoi être complètement perdue. " A l'approche de la mort ou face à de grandes douleurs, les sentiments des malades sont très fluctuants", prévient Pierre Talec. Ça ne veut certainement pas dire que l'envie d'en finir n'était pas réelle, mais qu'il a suffi d'apaiser la souffrance, d'une bonne nuit ou, peut-être, d'un sourire de l'aide-soignante pour qu'Yvonne s'apaise.
"Il faut tout d'abord, mais avec beaucoup d'humilité, demander au malade quelle est sa souffrance", estime le P. Denis Ledogar, assomptionniste. Pour cet aumônier de l'hôpital de Hautepierre, à Strasbourg, la demande d'euthanasie est d'abord un appel au secours. La première chose à faire, c'est de chasser la douleur. Elle doit être combattue autant que possible.
"L'oeuvre de l'homme, c'est de soulager son semblable."
Maîtriser la douleur physique, mais répondre aussi à cette souffrance morale si éprouvante, qui mêle peur de la mort, peur de perturber l'entourage, peur de la solitude. Là, c'est la parole qui soulage. "Jusqu'au bout, il est important de passer un "pacte" avec le malade ; je ne peux rien faire d'autre qu'être présent, m'engager à venir te voir pour manifester une présence, une douceur, une amitié", explique Denis Legodar, qui encourage les familles à être auprès de leur proche à toute heure du jour et de la nuit. C'est déjà ce besoin de présence qui est dans l'appel : "Aide-moi à vivre ces moments d'approche de la mort..."
Et puis il y a parfois, sous les apparences d'une demande d'euthanasie, un désir de tranquillité, une sorte de consentement, de refus de l'acharnement thérapeutique : "N'insistez pas, vous me rendez la vie impossible. Laissez-moi partir." Quand on s'est bien battu, il est essentiel de ne pas s'acharner : qu'ajouteront des examens coûteux, pénibles, voir une ultime chimiothérapie vouée à l'échec ? 'L'important n'est pas de rajouter des jours à la vie, mais de la vie aux jours", résume encore Denis Ledogar. Ce n'est pas donner la mort que de rendre les derniers jours plus paisibles, au besoin par un traitement adapté. Entrer, avec le malade dans cette acceptation de la mort prochaine, c'est lui permettre de vivre la vie jusqu'à sa toute fin. "Être vrai avec le mourant est capital, constate Pierre Talec. Il faut savoir parler juste, écouter, se taire... On ne peut pas faire le malin devant la mort."
Cette intelligence de la relation humaine est précieuse : faire mémoire, partager les souvenirs, goûter - pourquoi pas - le bonheur d'une coupe de champagne, d'un gâteau... Offrir de petits moments tout simples de présence.
Prier aussi. Pour Pierre Talec, c'est une invitation à vivre l'instant, le seul moment présent : "Le Notre Père qui parle de "ce jour" est déjà trop grand. A la fin, il nous reste le Je vous salue Marie : "Prie pour nous, maintenant". Même l'heure de la mort, ce sera pour plus tard." Mais il est des situations extrêmes, où il est radicalement impossible de calmer la douleur. Le désir d'en finir est alors plus fort. C'est à la fois une réaction de toute-puissance sur la vie et une révolte contre la mort. On ne peut gérer seul cette demande d'euthanasie. En parler avec l'équipe médicale, avec les autres membres de la famille, permet de mieux adapter la réponse au malade. Les belles paroles n'y peuvent rien. " Il faut seulement se taire, confie Pierre Talec. Le Christ ne nous a pas consolé de la mort en étant brave sur la croix, mais en se sentant abandonné, tellement seul."
A ce cri de désespoir qui appelle la mort, on peut tenter de répondre en accompagnant la vie, jusqu'au bout : "Tu nous demandes de l'aide pour mourir. Ensemble, nous sommes là pour t'aider à vivre ta mort."
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Christophe Henning ; Pélerin n° 6491 26 avril 2007.
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