Philippe de Champaigne - Peintre de la spiritualité.

Publié le par Michel Le Fouineur

Poussin, dont l'oeuvre exhale sensualité et lyrisme, Le Brun, le peintre de Versailles, les frères Le Nain, inspirés par la vie quotidienne, ou Georges de la Tour, spécialiste de la nuit, ont traversé les siècles et incarnent, aujourd'hui, l'art profane et religieux du XVIIe siècle. Il en est aussi un autre, Philippe de Champaigne, que l'histoire semble avoir relègué au second plan. Pourtant, on retrouve ses toiles en bonne place dans presque tous nos musées et son portrait en pied du cardinal Richelieu, illustrant majestueusement nos livres scolaires, a fasciné des générations d'élèves.
Seulement, son art apparaît moins chatoyant que celui de ses contemporains. Le sien est retenu, sévère même, sans anecdotes inutiles. Au point qu'on a classé Philippe de Champaigne comme le peintre du jansénisme, ce courant catholique dissident né au XVIIe siècle, dont les deux abbayes de femmes, à Paris (Port-Royal) et près de Versailles, à Magny-les-Hameaux (Port-Royal des Champs), furent le foyer.
- En fait, c'est un peu l'inverse, souligne Alain Tapié, directeur du palais des Beaux-Arts de Lille. Ce sont plutôt les religieuses de Port-Royal qui reconnurent en Philippe de Champaigne le scrupuleux et fidèle traducteur de leur pensée. Lui-même était habité par une grande spiritualité.
Philippe de Champaigne n'en fut pas moins très lié aux jansénistes. En 1648, il fait d'ailleurs entrer ses deux filles au couvent parisien.
Lorsqu'il arrive à Paris, en 1621, venant de sa Flandre natale, l'abbaye cistercienne de Port-Royal des Champs, fondée au XIIIe siècle, est dirigée par une nouvelle abbesse de tempérament : mère Angélique Arnaud. C'est elle qui adopte, en 1635, l'augustinisme, doctrine de Cornélius Jansénius, un évêque belge. Jansénius met en avant la pensée de saint Augustin sur la prééminence de la grâce de Dieu, en opposition aux jésuites, qui accordent une certaine force à l'homme. Bientôt, après la création du second couvent parisien, en 1625, les deux abbayes attireront les plus grands penseurs : Pascal, Nicole.
Homme de foi, marqué par les béguinages (les couvent flamands), Philippe de Champaigne travaille d'emblée pour des congrégations religieuses. Richelieu le remarque. Le cardinal apprécie sa maîtrise des couleurs et des drapés, héritée de son apprentissage flamand, et ses modelés à l'italienne. Richelieu en fait son artiste, au service d'une "mise en image de l'unité de la dévotion et du pouvoir. Philippe de Champaigne mélange la lumière du lieu à la lumière de l'esprit, commente Alain Tapié.
Mais c'est auprès des jansénistes que l'art de Champaigne atteindra son sommet. Les toiles qu'il réalise pour eux, destinées à leur seul regard - un Ex voto, un Ecce Homo, une Madeleine pénitente, et beaucoup de portraits de religieuses... -, expriment un état spirituel plus qu'ils ne racontent une histoire. Comme un art théologique.
¤¤¤¤¤
source : Philippe Royer ; Pélerin n° 6492 du 3 mai 2007)
 
Publicité

Publié dans patrimoine

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article