Meuse - Perles en leur caverne.

Publié le par Michel Le Fouineur

Les sous-sols de Meuse recèlent de véritables trésors naturels modelés par une eau très calcaire après la disparition des carriers.
"Perle de caverne : concrétion de petite taille formée autour d'un noyau de roche par accumulation de calcite prenant une forme plus ou moins sphérique par roulage et abrasion."
Comme c'est moche, ce lexique savant ! Et pourtant comme c'est beau...
Beau comme une perle, au fond. Dont les rondeurs nous étonnent toujours dans ce monde où les arêtes sont franches et les coins tranchants. Elle, elle roule, dans son écrin d'eau sur fond de roche, son nid de perle. Prise sous le goutte à goutte d'une infiltration, elle se modèle dans l'aveuglement d'une grotte qu'on croirait, peut-être un peu vite, totalement inhabitée...
La perle de caverne est un phénomène naturel rare. Pour ne pas dire rarissime. Dans le Gard, la grotte de Cocalière en a fait l'un de ses joyaux pour attirer les regards. Mais, dans les cavernes de Meuse, aucun projecteur pour la révéler. Seul le halo parcimonieux d'une lampe à carbure qu'un spéléologue connaisseur laisse flotter sur le sol. Parfois aussi quelques lampes torches d'intrus fêtards en quête de sensations gothiques. Ou pire, le flash des phares d'une voiture que des cascadeurs d'opérette font dériver dans ces souterrains. C'est pour éviter le plus possible ces deux derniers spécimens de visiteurs que la discrétion est de mise autour de ces cavernes lorraines. Pour éviter sue les trésors, formés dans le recueillement d'une nature orfèvre, avec une rare rapidité, ne soient dévastées plus rapidement encore.
On se trouve ici dans l'espace hybride où la trace de l'homme est partout, mais où la nature se charge de reprendre ses droits avec un rare empressement. Mi carrière-mi grotte. Il y a quelques décennies encore trimaient là des hommes. Ils arrachaient à la pierre de lourds cubes de cette célèbre pierre de taille dont on a fait les belles demeures de la région. Alors, c'est la sueur qui perlait en abondance. Puis l'exploitation en sous-sol, très onéreuse, a été abandonnée au profit des carrières à ciel ouvert lorsque les machines outils modernes l'ont permis. Les carriers sont partis.
Quelques temps encore, les champignonnières ont hanté ces profondeurs à l'abri de la lumière pour ne pas altérer les jolis petits pieds blancs. Puis les carrières ont été finalement livrées à elles-mêmes. Et aux spéléologues avertis...
Car la taille dans le sol sud-meusien a révélé de très beaux gouffres. Parmi les plus beaux de la région. Une trentaine d'adeptes au moins viennent même depuis la Belgique chaque fin de semaine pour s'enfoncer dans ces gorges très intimes. Mais il n'est pas nécessaire de s'harnacher aux cordes, ces cathédrales naturelles exhibent également en pentes douces leurs richesses de calcaire. Dont la star, la perle. Un vrai petit miracle local. L'eau qui soupire en ces lieux est si calcaire qu'elle en a permis la création en un temps record. Là où d'autres grottes ont attendu des siècles, ici quelques dizaines d'années ont suffit à son apparition.
Mais attention, comme toute concrétion, il est strictement interdit de l'extraire de son environnement. Certains sites ont été littéralement pillés, souvent par ignorance. Un expert révèle même qu'en surface, certaines ménagères les trouvaient particulièrement appropriées pour leur fond de tarte...
En solitaire dans un tout petit creux de roche, ou en collections entières, minuscules, dans des rétentions peu profondes, elles révèlent à la lumière une blancheur de craie. Ou au contraire les nuances roses, rouille, parfois presque brunes qui témoignent d'un sol très riche en fer.
Au dessus d'elles, toujours, la goutte d'eau qui tombe et les forme, en sculpteur inconscient. Toutes n'arborent pas l'allure parfaitement sphérique d'une perle de culture. Mais toutes sont en constant devenir. Et à toutes l'eau offre l'éclat du joyau.
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(Lysiane Ganousse ; est magazine du dimanche 5 août 2007)
 
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Publié dans Lorraine

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