Baccarat (54) - Eglise saint-Remy.

Publié le par Michel Le Fouineur

Joyau unique de l'architecture moderne, l'église Saint-Remy de Baccarat s'illumine au moindre rayon de lumière. Par la simple magie du cristal.
Puisque, paraît-il, toutes les églises sont des bateaux, il faut grimper à bord de celle de Baccarat. Là, comme on s'accouderait au bastingage, s'asseoir sur un banc, juste sous une tribune en forme d'étrave que surmontent des orgues aux allures de grande voile. Et ne rien faire. Simplement regarder passer le temps et laisser la lumière voyager dans cette surprenante nef de béton. La capitale du cristal abrite un joyau étonnement discret. Une pièce rare qui, comme cette petite ville de la campagne meurthe-et-mosellane, semble éloignée des grandes routes.
- Dans les guides français, elle n'a droit qu'à une dizaine de lignes, constate amèrement Yves Mangematin, le trésorier de l'association saint-Rémy de Baccarat. Dans les guides étrangers, il s'agit d'une dizaine de pages. Tous les mardis et les jeudis, on reçoit un bus d'Américains et des Japonais viennent spécialement en charter pour voir Paris et notre église. Sans même s'arrêter à la cristallerie.
L'église saint-Remy, ouverte au culte en 1957 et fêtant cette année (2007) son demi-siècle d'existence, présente des caractéristiques surprenantes.
- Avec celle de Royan, elle est considérée comme l'une des plus belles églises modernes de France, souligne Yves Mangematin, amoureux du bâtiment depuis des années.
Evidemment, ce classement oublie Ronchamp et Le Corbusier ("une simple chapelle") mais, tout de même, il témoigne de la richesse de la construction bacchoise.
Unique au monde, celle-ci est parsemée d'une multitude de mosaïques de cristal qui peuvent être aussi bien symboliques que figuratives lorsqu'elles représentent les apôtres. Au total, 29 tonnes de cristal réparties en 20.000 morceaux et 52 couleurs (130 tons) constituent une bande de 120 mètres de long sur 8 mètres de haut. Une véritable folie qui décline le thème "La vie et la Lumière". Seuls l'argent des dommages de guerre et la générosité de la cristallerie voisine l'ont rendu possible
- Le cristal donne toute son identité à l'édifice, explique Yves Mangematin. Les vitraux font 2 cm d'épaisseur. S'il s'agissait de verre, on se limiterait à 4 mm. Mais, alors que le verre retient la lumière, le cristal la laisse passer à 80 %.
Dès que le soleil se glisse au milieu des nuages, les murs du bâtiment s'embrasent. Incroyable féerie qui voient les couleurs littéralement danser sur les différentes parois.
- Le spectacle dure 24 heures sur 24, poursuit Yves Mangematin, même les rayons de la lune suffisent.
Le choeur de l'église regarde vers Jérusalem et l'Orient ? Au petit matin, le soleil levant est rasant, l'édifice baigné dans un halo bleu et blanc.
- On voit les vitraux sur les murs, détaille Yves Mangematin, le côté ouest est complètement éclairé, l'autre se retrouve transpercé par la lumière.
Et la journée décline ses variations. A midi, le zénith plonge dans le noir une église dont seuls brillent les vitraux. Plus tard, le bâtiment s'éclaire au fur et à mesure que le soleil se couche. A 15 h, les couleurs du cristal semblent frapper le sol. Progressivement, elles remontent les piliers jusqu'à la tombée de la nuit.
- Et aucune saison ne ressemble à une autre, souffle Yves Mangematin. Le soleil couchant sous vingt centimètres de neige est l'instant le plus magique.
Le soleil se reflète alors sur le manteau blanc et envoie ses rayons depuis deux sources opposées dans un concert de lumière et de couleurs aux accents divins. Un jeu où l'imagination et la foi n'ont qu'un filtre : la grâce du cristal.
¤¤¤¤¤
(source : Philippe Marcacci ; est magazine du dimanche 7 octobre 2007)

Publié dans Lorraine

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article