Mont Ararat - Sur la piste de l'arche de Noé.
Selon la Genèse, l'arche de Noé se serait échouée, après le Déluge, sur le mont Ararat, aujourd'hui situé à la frontière de la Turquie et de l'Arménie. Le journaliste Edouard Cortés est parti à la recherche de ce vestige biblique. Sur les pentes arides de la montagne, c'est la foi qu'il a trouvée.
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"Très haut sur une montagne de Turquie orientale, visible en certaines saisons sous la glace et la neige, repose un objet fait de la main de l'homme plus ancien que l'Histoire et qui ressemble à un navire. En est-ce bien un ? A 4.200 mètres d'altitude, un objet mystérieux a été photographié à partir de satellites et mesuré par des radars. Des échantillons de son bois, daté au carbone 14, remonterait à 3.000 ans avant Jésus-Christ, une époque mointaine à laquelle certains situeraient le Déluge. Au point que, depuis les années 1970, un dossier "Anomalie Ararat" a été ouvert par la CIA, l'agence américaine de renseignements.
Peut-il vraiment s'agir de l'arche de Noé, comme l'assure le Livre de la Genèse ? "Et l'arche s'arrêta au septième mois, le dix-septième jour du mois, sur les montagnes d'Ararat" (Gn 8-4). Des déluges locaux, en mer Noire ou en Mésopotamie, auraient-ils suffi à déposer l'arche sur le mont Ararat ? Considérant qu'il n'y a pas de fumée sans feu, je décide de mener l'enquête. Point de départ : un étrange récit de ma grand-mère, qui disait posséder un morceau de bois rapporté de l'Ararat l y a cinquante ans par un explorateur français, Fernand Navarra. Elle était persuadée que c'était un morceau de l'arche de Noé.
Bien des années plus tard,, ce récit me transporte sur les plateaux d'Anatolie orientale. La Bible dans une main, un petit morceau de bois dans l'autre, je collecte une masse d'informations auprès des peuples kurde, arménien, azéri et iranien qui vivent au pied du mont évoqué par la Bible.
Brusquement, de toute sa masse, le voilà qui surgit au détour de la route. Mythique et colossal. Il domine tout et caresse le ciel de son dôme blanc culminant à 5.137 mètres. La montagne sacrée ses Écritures s'élève au coeur du Kurdistan turc, dans une zone qui appartenait à l'ancienne Arménie. Les Arméniens la surnomment "Massis", la mère du monde. Les Turcs l'appellent "Agri Dagh", la montagne des Douleurs. Les Perses parlent parlent du mont Noé, "Kok-Nou".
Une fois arrivé au pied de l'Ararat, la montagne suscite un tel sentiment de plénitude que voyageur se laisse aller à la contemplation. Que l'on soit croyant ou non, sa majesté impose le respect. Par temps nuageux, le mont apparaît comme flottant encore sur les eaux du Déluge. Il semble donc évident de placer sur le dos de l'Ararat ce que nous avons de plus cher : Dieu et l'humanité, Noé et son arche. Le point focal de nos origines est placé dans un écrin naturel, une montagne "nombril du monde".
De juillet à septembre, période de la fonte des glaces, Dogubayazit devient la ville repaire des chercheurs d'arche. Deux amis m'ont rejoint : Sylvain Tesson, écrivain voyageur, et Thomas Goisque, photographe. Avec eux et un téméraire américain chercheur d'arche, Richard Bright, je vais gravir la montagne sacrée et atteindre son glacier pour tenter de percer le mystère. Après trois jours de marche d'approche, nous atteignons le glacier Parrot, un des lieux supposés de l'échouage de l'arche.
Je cherche des vestiges. Je descends dans une crevasse à l'aide de cordes. J'enfonce les griffes de mes crampons dans la glace verticale. Le trou est profond, je m'y glisse. Je n'en vois pas le fond, tout est lacté. J'inspecte les parois de haut en bas. Je cherche une forme, de la poussière de lave, du bois, quelque chose. Rien.
Suspendu au bout de ma corde, je prends conscience, face à la faille du glacier, que toute recherche est illusoire. Si elle existe, l'arche est une aiguille dans une botte de foin. Mon enquête tourne à la quête. Je caresse l'Absolu enfoui dans les crevasses de mon âme. Je ne rapporterai rien de matériel du sommet de l'Ararat. Mon arche est intérieure. C'est ma trouvaille. Je n'ai plus rien à faire ici. En escaladant le mont sacré, je viens de descendre dans mon coeur. Je suis monté vers Dieu en descendant de l'Ararat..."
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(source Edouard Cortès, journaliste ; Pélerin n° 6503 du jeudi 19 juillet 2007)
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