Animaux, avez-vous une âme ?
Protéger les animaux, au même titre que la nature, oui. Les surinvestir d'amour, non. Le philosophe chrétien Jean-Marie Meyer propose, dans son livre Nous sommes des animaux mais on n'est pas des bêtes, une réflexion sur la place véritable de l'animal dans la Création par rapport aux hommes.
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Dans votre ouvrage, vous dénoncez une confusion de plus en plus fréquente entre l'humain et l'animal. Qu'est-ce qui a attiré votre attention sur ce phénomène ?
Un matin, j'ai découvert avec stupéfaction une affiche publicitaire devant le lycée où j'enseigne. D'un côté était représenté un chien couvert d'électrodes et, de l'autre, les prisonniers d'un camp de concentration nazi. Cette analogie suggère un passage direct d'un mal à un autre ; d'une souffrance bestiale à une souffrance humaine. Celle d'hommes, d'enfants, de femmes persécutés au motif de leur religion. Il est inacceptable d'utiliser la détresse humaine pour dénoncer les souffrances faites aux animaux.
Hommes et animaux sont-ils si différents ?
L'homme n'est pas un animal comme les autres, dans la mesure où il dispose d'une raison. Je ne nie pas que les animaux possèdent des systèmes de communication sophistiqués. Mais à la différence des bêtes, l'homme est capable de formuler des mots pour exprimer ses idées, son ressenti. L'observation d'un enfant résume parfaitement cette perspective humaine. L'enfant se pose deux questions : qu'est-ce que c'est et pourquoi. Il tend à dépasser le sensible, en cherchant un concept exprimé par un mot. Si les animaux communiquent par des cris, l'homme est la seule espèce terrestre à d'exprimer grâce à une langue.
Pourtant, l'homme communique de mieux en mieux avec l'animal...
C'est illusoire. Le monde de la parole est proprement humain. Les perroquets, par exemple, ne font qu'imiter le son qu'ils perçoivent. Il ne faut pas confondre la modulation d'un son et la fabrication d'un mot. Certains scientifiques apprennent aux chimpanzés à associer une situation donnée avec un signe particulier. Pour obtenir une banane, le primate sait qu'il doit retrouver l'ardoise où "banane" a été inscrit. Son action est mécanique. La communication humaine va plus loin.
Et l'âme, dans tout ça ?
Les animaux n'ont pas d'âme au sens où nous l'entendons. Pour Aristote, les bêtes possèdent une "âme sensible", elles sont douées d'affectivité. Tout comme nous. Voilà pourquoi leur compagnie nous est si précieuse. Leur présence contribue à rendre notre monde habitable et nous nous reconnaissons en elles. Mais des dérives sont à craindre. Comme nous partageons une même affectivité avec les bêtes, nous aimerions leur donner une intelligence analogue à la nôtre. Si nous appartenons au règne animal, nous ne devons pas pour autant en oublier notre singularité.
Pensez-vous que l'animal soit "surconsidéré" ? Faut-il lui octroyer des droits, comme beaucoup le préconisent aujourd'hui ?
Certainement pas. Le droit est une affaire humaine. Nous devons néanmoins protéger les animaux, comme nous devons protéger la nature. La sauvegarde de la planète relève de notre responsabilité. Mais gardons-nous de confondre protection et respect. Le respect s'adresse à la personne humaine. Si nous élargissons cette notion à l'animal, c'est toute la morale humaine qui est menacée. Signe des temps, Peter Singer, philosophe australien, énonce une idée effroyable : selon lui, la bête bien portante vaut plus que l'homme malade...
En tant que philosophe chrétien, pourquoi ce débat vous semble-t-il fondamental ?
Le récit de la Genèse souligne bien que les bêtes appartiennent à la beauté de la Création. L'homme est responsable de ce monde laissé en héritage. Pour autant, le Christ n'est pas venu pour sauver les animaux mais les fils d'Abraham. La Providence est centrée sur le bien de l'homme, dont la primauté se manifeste notamment à travers la richesse de ses sentiments. L'amour en est une bonne illustration, lorsque deux personnes décident de bâtir leur vie ensemble. Ça, l'animal ne le peut pas.
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Propos recueillis par François-Xavier MAIGRE ; Pélerin n° 6503 du 19 juillet 2007.
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